Une nouvelle étape majeure pour la reconnaissance du vitiligo et des maladies de peau « affichantes » : le Conseil économique, social et environnemental (CESE, qui conseille le Gouvernement et le Parlement) vient de publier son rapport sur la santé mentale des jeunes, dans lequel il souligne le poids des discriminations liées à l’apparence physique, et cite spécifiquement le vitiligo parmi les exemples emblématiques. Un signal fort pour la communauté des patients, et une véritable reconnaissance du travail accompli par l’Association Française du Vitiligo (AFV) depuis plus de 30 ans.
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Le vitiligo enfin cité comme exemple de maladie visible à fort impact psychologique
Dans ce rapport de référence sur la santé mentale, le CESE consacre un passage à l’impact des discriminations liées à l’apparence sur la santé mentale des jeunes. On peut y lire : « À un âge de construction de son identité, des discriminations liées à l’apparence pèsent sur la santé mentale. Les maladies visibles engendrent des phénomènes de stigmatisation et de discrimination, principalement en milieu scolaire (…). »
Le document cite explicitement le cas du vitiligo, notant que le stress, les facteurs environnementaux et psychosociaux contribuent non seulement à son apparition, mais aussi à sa progression.
Le CESE insiste aussi sur la nécessité de mieux informer les proches, les enseignants et les professionnels de santé : « Le traitement ne devrait pas se limiter à la sévérité clinique de la maladie, mais également aborder les enjeux de qualité de vie du patient. » Ce constat rejoint les messages portés par l’AFV depuis des années : parler du vitiligo, former, accompagner, et ne plus séparer santé physique et santé mentale.
Une reconnaissance officielle du travail de l’AFV et de ses partenaires
Le Dr Mickaël Worms Ehrminger (docteur en santé publique, qui a animé une intervention sur l’éducation thérapeutique lors de la la Journée Mondiale du Vitiligo 2025 à Lyon, ainsi qu’un conférence sur la perception du vitiligo lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025, voir la vidéo ci-contre), avait été auditionné par le CESE dans le cadre de cette étude, tout comme le laboratoire Incyte, partenaire de l’association. Ils ont témoigné sur la prise en compte des maladies de peau affichantes, dont le vitiligo, et sur les enseignements de l’étude IFOP menée en partenariat avec l’AFV.
Sensible à ces constats, le rapporteur et la commission des affaires sociales du CESE ont repris plusieurs propositions formulées par le Collectif Vitiligo dans lequel l’AFV est une partie prenante très impliquée. Le rapport cite même explicitement l’association et ses travaux sur le vécu psychosocial des jeunes atteints de vitiligo.
Cette mention constitue une avancée majeure : elle place désormais le vitiligo au cœur des réflexions nationales sur la santé mentale et les discriminations liées à l’apparence. C’est aussi une reconnaissance officielle du travail d’influence et de sensibilisation mené depuis plusieurs années par Martine Carré, Présidente de l’AFV, avec le soutien constant de nos laboratoires partenaires.
Cette visibilité institutionnelle marque une étape importante : le vitiligo n’est plus seulement une maladie de peau, mais une réalité de santé publique reconnue par les instances nationales. Une victoire collective pour toutes les personnes concernées, et un encouragement à poursuivre le combat pour la reconnaissance, la recherche et le bien-être des patients…
Le vitiligo touche toutes les générations, mais le regard porté par les jeunes d’aujourd’hui semble bien différent de celui de leurs aînés. Nous avons eu l’occasion d’en discuter avec eux, lors de l’atelier Paroles de Jeunes organisé à Lyon en juin 2025, à l’occasion de la Journée Mondiale du Vitiligo.
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Créativité et confiance pour se réinventer
Lors de l’atelier Paroles de Jeunes organisé à Lyon en juin 2024, plusieurs adolescent·es ont partagé la manière unique dont ils et elles perçoivent leur peau. Leurs taches deviennent des formes, des symboles, parfois même des œuvres d’art.
« Mes taches, c’est comme des petites formes. Il y en a qui ont des formes d’animaux ou de cœurs. C’est comme ça que je vois si elles ont changé ou pas. »
« Mon vitiligo, ça m’a rendue créative. »
« J’aime la tache au niveau de mon front parce que ça ressemble à un arbre qui pousse, je trouve ça trop beau. »
Là où dominaient autrefois la gêne et le camouflage, on observe désormais plus d’espoir, d’acceptation et même de créativité. Les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle clé dans cette dynamique : en suivant des personnalités ou des modèles qui s’affichent fièrement avec leur vitiligo, beaucoup d’adolescents trouvent une source d’inspiration et de confiance.
Soutien et projets d’avenir : une génération tournée vers l’espoir
Au départ timides, les participant·es ont trouvé dans le groupe un espace d’écoute et de solidarité. Les échanges ont en effet libéré la parole et renforcé la confiance, les jeunes ont découvert que parler ensemble de leur vécu apportait un soutien précieux et renforçait leur confiance. Cette expérience témoigne de leur immense capacité de résilience : transformer un moment de vulnérabilité en espace d’ouverture et de solidarité.
Les jeunes ont rappelé l’importance d’être entourés : famille et amis sont des soutiens essentiels face aux regards difficiles. Avoir des amis qui les acceptent tels qu’ils et elles sont, et des proches qui les accompagnent sans jugement, constitue une véritable force.
L’un d’eux a même témoigné d’un changement de trajectoire inspiré par son vécu, démontrant que l’expérience personnelle peut devenir une source de motivation tournée vers les autres et vers l’avenir :
« Avant je voulais être chercheur en physique, mais depuis que j’ai le vitiligo je veux devenir chercheur pour trouver des traitements et des médicaments. »
Ces expériences révèlent une immense capacité de résilience. Pour cette nouvelle génération, le vitiligo peut rester une contrainte, mais il devient aussi une singularité porteuse d’espoir, de créativité et parfois même d’engagement.
C’est avec passion et engagement personnel que Victoria Peter, récemment diplômée Docteur en Pharmacie à la faculté de Pharmacie de Strasbourg, a consacré sa thèse de fin d’études au vitiligo sous la direction du Pr Pauline Soulas-Sprauel, Professeur d’Immunologie. Une démarche que l’étudiante qualifie elle-même de « photo à un instant T » de l’éventail thérapeutique disponible et en développement, enrichie d’une approche immunologique fine qui mérite d’être partagée.
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L’immunologie, clé de compréhension du vitiligo
L’immunologie joue un rôle fondamental dans les mécanismes du vitiligo, en croisant l’immunité innée et adaptative (les mélanocytes, cellules responsables de la pigmentation, étant détruits sous l’effet de mécanismes immunitaires complexes), avec des pistes de recherche de plus en plus fines pour en décrypter les causes et les leviers d’action. Outre les facteurs génétiques et environnementaux, le stress oxydant et les déséquilibres immunitaires contribuent à déclencher et à entretenir la maladie. C’est donc tout naturellement que les nouvelles thérapeutiques explorent ces mécanismes en profondeur.
L’exemple le plus emblématique reste l’arrivée du ruxolitinib, un « inhibiteur de JAK », spécifiquement indiqué pour le traitement du vitiligo. Ce traitement cible directement certaines voies de signalisation immunitaires impliquées dans la destruction des mélanocytes. Un pas de géant dans la reconnaissance thérapeutique du vitiligo et un signal fort adressé à la communauté scientifique et médicale.
La thèse présente notamment une ouverture sur les traitements à venir, à travers l’analyse d’essais cliniques en cours et du rationnel immunologique sous-jacent. De nombreux traitements du vitiligo sont utilisés hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché, accord officiel délivré par une agence de santé qui permet à un médicament d’être commercialisé car il est jugé sûr, efficace et de qualité), ce qui rend d’autant plus nécessaire l’information des pharmaciens et patients pour sécuriser leur usage.
Informer pour mieux accompagner
Au-delà de l’inventaire scientifique, Victoria Peter insiste sur un point essentiel dans sa pratique de pharmacienne : l’écoute du patient. Comprendre pourquoi un traitement est prescrit, quels sont les besoins du patient, et adapter le conseil en conséquence. Elle souligne aussi l’importance d’une formation continue, dans un domaine où la recherche évolue vite, mais reste encore trop peu connue.
L’implication des professionnels de santé est en effet essentielle pour mieux informer, orienter, et accompagner les patients. Elle précise : « En tant que pharmaciens, nous ne connaissons pas toujours le diagnostic qui a conduit à la prescription d’un médicament. Il est donc essentiel d’interroger le patient pour savoir si le traitement est bien prescrit dans le cadre de l’AMM et, par conséquent, d’adapter les conseils donnés. J’avais donc très envie, dans le cadre de ma thèse, de faire un tour d’horizon des traitements pouvant être utilisés dans le vitiligo d’après les dernières recommandations internationales. »
Une perspective personnelle et professionnelle
Atteinte elle-même de vitiligo depuis une dizaine d’années, Victoria Peter souhaitait apporter, à travers ce travail, une meilleure compréhension de la maladie à ses pairs et aux patients. Son vécu a renforcé sa volonté d’explorer les traitements disponibles et en développement, tout en mettant en lumière la réalité quotidienne des personnes concernées, souvent confrontées à une absence de solution ou à un suivi insuffisant.
Photo : Unsplash
Dans le cadre de la rédaction de cette thèse, l’étudiante s’est notamment appuyée sur sa propre expérience de traitement interrompu, par manque de solutions perçues et de régularité dans l’application des protocoles, notamment avec le Protopic®. Son parcours universitaire et un stage en service d’essais cliniques l’ont poussée à vouloir décortiquer le fonctionnement des essais thérapeutiques et à apporter des réponses concrètes, scientifiquement étayées, autour du vitiligo.
Cette thèse est une ressource précieuse pour mieux comprendre le vitiligo du point de vue scientifique, mais aussi humain. Nous adressons toutes nos félicitations à Victoria Peter pour son travail et pour avoir choisi cette problématique qui nous touche particulièrement.
Le site Ameli.fr, référence nationale en matière de santé, publie un dossier complet consacré au vitiligo. Une avancée importante qui marque la reconnaissance de cette maladie par les instances officielles et le monde médical. L’AFV, par la voix de sa Présidente Martine Carré, a été sollicitée pour y apporter des éclairages.
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Un pas important pour la reconnaissance du vitiligo
Pour la première fois, Ameli.fr (le site de la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie) vient de publier une fiche complète sur le vitiligo : définition, causes, symptômes, traitements, accompagnement psychologique, précautions sur l’exposition solaire… Toutes ces informations riches et détaillées, validées par des experts de santé sont désormais accessibles à tous les assurés et internautes.
Ce nouvel article sur Ameli.fr n’est pas seulement une fiche d’information : il est le signe que le vitiligo est reconnu comme une véritable problématique de santé publique, prise en compte par les instances officielles. En effet, l’article met l’accent sur des sujets actuels de grande importance pour les malades du vitiligo : l’urgence médicale à traiter dès l’apparition de la maladie, recommandations détaillées de traitements de référence pour le monde médical, ainsi que la photothérapie et l’usage des lampes à domicile. Pour les malades, c’est un message fort : leur maladie existe, elle est connue, étudiée, et fait l’objet d’une attention croissante du monde médical. Pour l’AFV, c’est une nouvelle étape dans un long combat pour changer le regard de la société et favoriser une meilleure prise en charge.
Le fait que ce site officiel, consulté chaque jour par des milliers de patients et de professionnels, consacre un article détaillé au vitiligo est une étape majeure pour faire reconnaître cette maladie de peau, trop longtemps minimisée ou mal comprise. La dynamique lancée depuis 2024 à travers le Collectif Vitiligo, dont l’AFV est l’un des membres fondateurs, a contribué à la mise en lumière cette pathologie. C’est notamment par la publication des 16 propositions du manifeste que nous avons pu plaider pour une amélioration du parcours de soins et un meilleur accompagnement face au lourd fardeau psycho-social qu’implique le vitiligo. Dans cette optique, nous avons pu travailler sur ces enjeux de santé publique et d’inclusion avec les institutions.
34 ans d’engagement de l’AFV pour porter la voix des malades
Cette reconnaissance n’arrive pas par hasard. En effet depuis sa création en 1991, l’AFV œuvre sans relâche pour défendre les personnes atteintes de vitiligo. Pendant 34 ans, l’association a participé à d’innombrables enquêtes, études, réunions et congrès, en France comme à l’international, pour porter la parole des malades auprès des chercheurs, des médecins, des institutions et du grand public.
Toujours volontaire pour s’associer aux initiatives, l’AFV a contribué à faire progresser la recherche, à sensibiliser le grand public et à améliorer la visibilité de cette maladie dermatologique visible, mais encore trop peu connue. L’Association Française du Vitiligo agit dans toutes les directions pour que le vitiligo soit enfin reconnu à sa juste valeur. Nous sommes fiers de voir que notre engagement porte ses fruits, et nous continuerons à œuvrer pour une meilleure qualité de vie des patients.
Aujourd’hui, voir le vitiligo traité officiellement sur Ameli.fr est une victoire collective, qui prouve que l’engagement de l’AFV, aux côtés des patients et des professionnels de santé, fait bouger les lignes.
À La Réunion, l’organisation autour de la télé-expertise permet un gain de temps précieux pour les patients comme pour les médecins. Un modèle efficace, présenté lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025.
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La Réunion : un territoire marqué par la diversité
Lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025, le Pr. Antoine Bertolotti (CHU Saint-Pierre, La Réunion) et le Pr. Julien Seneschal (CHU Bordeaux) ont partagé leur expérience sur l’organisation de la consultation vitiligo au CHU Site Sud de Saint-Pierre (voir la vidéo ci-contre).
Depuis son retour à La Réunion, le Pr. Bertolotti a constaté une prévalence importante du vitiligo sur l’île, qui compte environ 900 000 habitants. Tous les phototypes de peau y sont représentés, en raison d’un brassage ethnique historique (Europe, Afrique, Asie). Cela crée une grande variété d’expressions cliniques des maladies de peau, représentant un véritable défi dermatologique.
En parallèle, la question de l’accès aux soins dermatologiques reste cruciale. En métropole, les délais de rendez-vous peuvent atteindre plusieurs mois, alors que le vitiligo est ce qu’on peut appeler une “urgence thérapeutique” : plus un traitement est commencé tôt après l’apparition des zones dépigmentées, meilleurs seront les résultats.
À La Réunion, environ 25 à 30 dermatologues exercent dans le secteur public et libéral. Mais leur répartition reste inégale, concentrée surtout dans le nord-ouest et le sud. Pour faire face à cette réalité, le service du CHU Sud a mis en place une organisation hybride : la moitié des consultations sont programmées longtemps à l’avance, l’autre moitié est débloquée à la dernière minute, dans les 15 jours précédents, pour permettre de recevoir des cas urgents rapidement.
Photo : l’équipe dermatologique du CHU Saint-Pierre, La Réunion
Télé-expertise : une solution concrète et pédagogique
L’un des leviers les plus efficaces mis en place est la télé-expertise : une plateforme qui permet à un médecin généraliste de solliciter l’avis d’un autre médecin (ici, un dermatologue – à ne pas confondre avec la téléconsultation, où un patient consulte directement un spécialiste), en envoyant un cas ou des photos.
Cette organisation fonctionne bien : sur les 1 000 médecins généralistes de l’île, 500 participent activement au réseau. Cela représente 25 à 30 demandes par jour au service du Pr. Bertolotti, prises en charge par une personne quasi dédiée à temps plein.
Les bénéfices sont multiples :
- Les médecins peuvent obtenir une réponse rapide et spécialisée,
- Les dermatologues transmettent des recommandations à jour, partagent des protocoles, et renforcent la qualité des soins sur l’ensemble du territoire,
- Chaque retour est aussi une occasion pédagogique, offrant une formation continue concrète à chaque médecin généraliste.
Environ la moitié des demandes traitées par télé-expertise génèrent ensuite une consultation spécialisée, ce qui permet de prioriser les cas les plus urgents.
Un point d’attention néanmoins : pour que ce système soit pleinement efficace, les médecins doivent être formés à envoyer des photos exploitables (bonne lumière, cadrage adapté, contraste visible, etc.), afin de permettre un avis dermatologique fiable et précis.
L’exemple réunionnais montre que la télé-expertise peut transformer l’accès aux soins en dermatologie, en particulier pour des maladies comme le vitiligo, où le facteur temps est déterminant. Mieux informés, mieux orientés, les patients peuvent bénéficier plus tôt des traitements adaptés. Une voie à suivre pour d’autres territoires confrontés à une démographie médicale tendue.
En début d’année, nous avions relayé un appel à participation pour une étude menée par Emmy Thevenon, alors étudiante en psychomotricité à l’ISRP de Vichy. Atteinte elle-même de vitiligo généralisé, elle a consacré son mémoire de fin d’études à une question peu abordée mais cruciale : l’impact du vitiligo sur l’image corporelle. Merci à toutes les personnes qui avaient répondu à cette étude, et voici ce que son travail révèle.
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Une insatisfaction corporelle significative
L’étude de Emmy Thevenon repose sur une comparaison entre deux groupes : des adultes atteints de vitiligo généralisé (91 personnes), et un groupe témoin sans vitiligo (66 personnes), tous âgés de 25 à 59 ans. Les résultats doivent être interprétés avec prudence de par le faible échantillon et les biais d’interprétation possible.
Les résultats sont parlants néanmoins : 75,4% des personnes atteintes de vitiligo déclarent ne pas aimer leur corps, contre seulement 19% dans le groupe témoin, soit un écart statistiquement significatif. Autrement dit, le vitiligo, bien que bénin physiquement, peut générer une souffrance psychocorporelle importante pour les personnes atteintes, marquée par un sentiment d’insatisfaction fort.
Concernant la perception corporelle (la manière de ressentir son corps dans l’espace et dans la vie quotidienne), les résultats montrent des différences modérées mais constantes :
- Les personnes atteintes de vitiligo se sentent un peu moins résistantes (score moyen de 3,08 contre 3,42) ;
- Leur perception de l’attirance corporelle est également en retrait (3,18 vs 2,97) ;
- La perception d’un corps “plein”, chaleureux ou source de plaisir est diminuée.
Ainsi, les personnes concernées par le vitiligo ont tendance à percevoir leur corps comme plus fragile, mais pas totalement dégradé pour autant : certains indicateurs comme la perception de la propreté ou l’adéquation avec l’âge restent stables, bien que d’autres révèlent une tendance à considérer le corps comme moins expressif, moins séduisant et moins apaisant. Cela suggère que le regard de l’autre joue un rôle plus déterminant que le regard sur soi-même.
L’étudiante précise : « On remarque une tendance à vouloir cacher son corps, que l’on retrouve aussi véritablement chez certains individu avec l’utilisation de maquillage pour camoufler par exemple. »
Par ailleurs, les personnes atteintes de vitiligo interrogées dans l’étude décrivent une inhibition dans l’exposition de leur corps : une tendance à cacher leur peau, à percevoir leur corps comme “moins expressif” ou “moins érotique”. Ces données rejoignent d’autres recherches internationales qui font état d’une anxiété sociale accrue, de difficultés relationnelles ou sexuelles chez les personnes atteintes de vitiligo.
L’impact dépasse donc l’esthétique : il touche à l’identité, à l’intimité, au lien aux autres et à la façon de se sentir “entier”.
Enfin, un point fort de l’étude indique que les personnes atteintes de vitiligo ne perçoivent pas leur corps comme “sale” ou “impur”, malgré les stigmates visibles. Cela indique que les préjugés sociaux ne sont pas forcément intériorisés, du moins sur ce plan. Cette nuance est importante : elle montre qu’il est possible de construire une image de soi plus apaisée, en dépit du regard extérieur.
Pour une approche psychomotrice du vitiligo
Dans son mémoire, Emmy Thevenon précise que le vitiligo, au-delà de sa dimension cutanée, devrait être considéré comme une expérience corporelle globale, engageant le regard, le toucher, la représentation de soi et le lien à autrui. Elle précise : « La peau est unique (vitiligo, grain de beauté), porteuse des traces (cicatrices, maquillage, tatouage), de notre vécu et identité. »
Ce travail appelle à une meilleure reconnaissance du vitiligo dans les champs de la santé mentale et la psychomotricité (approche dite « hollistique », c’est-à-dire qu’elle regroupe toutes les sphères de l’individu : sensorialité, psyché, motricité, social, cognition…). Il met en lumière l’importance d’accompagner les patients dans une reconquête de leur corps, via des approches corporelles, sensorielles et affectives.
Comme le souligne la jeune diplômée : « Le vitiligo paraît modifier durablement la perception que l’on a de son corps. Il faut pouvoir proposer des outils d’accompagnement corporel qui aident à recréer une relation apaisée à soi. »
Cette étude, bien qu’exploratoire, constitue une base inédite et précieuse pour mieux comprendre l’impact invisible du vitiligo sur l’image de soi. Elle confirme ce que de nombreux témoignages avaient déjà suggéré : le vitiligo ne s’arrête pas à la peau. Il touche aussi le cœur, l’estime de soi, la relation aux autres – et mérite, à ce titre, une prise en charge globale et empathique.
Merci encore à toutes les personnes de notre communauté ayant répondu à ce questionnaire. Ce travail contribue à faire avancer la compréhension du vitiligo dans ses dimensions psychiques et sociales – et à rendre visible ce qui ne l’est pas toujours.
Puisque que les « vêtements anti-UV » représentent un bon complément aux crèmes de protection solaire, nous avons interrogé Claudia Galeana, co-fondatrice de Ker Sun, marque spécialisée dans ce domaine. Elle était présente lors de la Journée Mondiale du Vitiligo à Lyon en juin dernier, et nous partage ici son expérience personnelle face à une autre maladie de peau affichante, ainsi que son interaction avec la communauté concernée par le vitiligo.
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Suite au diagnostic du lupus, une autre maladie auto-immune affectant la peau, le besoin de se protéger du soleil est devenu central pour vous. En quoi les vêtements ont-ils alors transformé votre rapport au corps, à l’apparence et au regard des autres ?
Je crois que les moments les plus difficiles pour moi ont été les premières années après le diagnostic. Je me sentais un peu perdue et je ne me reconnaissais plus dans la manière dont je devais désormais m’habiller pour me protéger du soleil. Petit à petit, j’ai fini par me contenter de ce que je trouvais : des vestes de golf anti-UV pour marcher en ville, des hauts noirs de surf pour aller à la plage, des leggings de surf pour pouvoir porter une jupe… Finalement, j’ai accepté, ou plutôt je me suis habituée, à une apparence qui ne me correspondait pas, mais c’était la seule solution que j’avais à l’époque.
Quand je suis arrivée en France, tout a changé ! Une autre culture, une autre relation au soleil. Au Mexique, nous avons l’habitude de nous protéger du soleil car il est présent toute l’année. En France, dès que les beaux jours arrivent, les gens se découvrent, s’exposent, profitent des pique-niques, des petits déjeuners en terrasse, à la plage… J’étais à nouveau perdue. La manière dont je m’habillais jusque-là ne fonctionnait plus ici. Je me sentais jugée, observée. Alors pendant quelques années, je préférais rester chez moi quand je le pouvais, et ne sortir qu’après 17h, quand le soleil était moins fort, pour pouvoir porter une robe courte comme les autres.
Au lieu de me réjouir, comme tout le monde, de l’arrivée de l’été, je me sentais déprimée. Cela a duré plusieurs années.
Mais pendant cette période, j’ai rencontré d’autres personnes avec d’autres pathologies ou simplement une peau très sensible, et je me suis rendu compte que nous vivions tous cette situation avec les mêmes émotions. Alors j’ai décidé d’agir, de créer des vêtements pour que nous puissions à nouveau nous sentir en sécurité face au soleil, et surtout nous sentir nous-mêmes, tout simplement.
Au moment de créer Ker Sun, dans quelle mesure des maladies comme le vitiligo ont-elles nourri vos réflexions sur les besoins des personnes concernées ?
Comme expliqué, Ker Sun est né d’un besoin partagé. Il s’agissait d’abord de comprendre dans quels moments les personnes concernées se sentent en insécurité face au soleil, et ensuite d’identifier ce qui peut freiner ou au contraire encourager le port de vêtements anti-UV.
Pour le vitiligo en particulier, il est essentiel de comprendre cette relation complexe à l’exposition solaire : entre le besoin de protéger les zones dépigmentées, plus sensibles, et en même temps l’envie de favoriser la repigmentation.
Cela implique aussi de bien cerner les zones les plus exposées et vulnérables au quotidien, comme les mains, le cou, le décolleté ou le cuir chevelu. Tous ces éléments ont nourri nos réflexions pour concevoir des vêtements à la fois protecteurs, adaptés, mais aussi agréables à porter.
Photo : © Ker Sun
Ker Sun était présent lors de la Journée Mondiale du Vitiligo 2025 à Lyon, une occasion forte de rencontres avec des adhérents de l’AFV sensibilisés aux effets du soleil : qu’avez-vous retenu de ces échanges ? Ont-ils nourri ou confirmé certains engagements de la marque ?
La Journée Mondiale du Vitiligo a été un moment privilégié pour Ker Sun. Elle nous a permis d’échanger directement avec vous, utilisateurs et utilisatrices de nos produits. C’est un réel privilège pour nous de retrouver celles et ceux qui nous suivent depuis le début de l’aventure, mais aussi de faire découvrir Ker Sun à des personnes qui ne nous connaissaient pas encore et qui ne trouvent pas de solutions adaptées à leur quotidien.
C’est un moment unique pour répondre à vos questions techniques sur nos vêtements, vous montrer concrètement comment fonctionnent les astuces de protection, mais surtout pour écouter vos idées, vos suggestions, vos besoins… qui nourrissent directement notre processus de création. Ces échanges renforcent notre engagement à développer des produits réellement utiles, pensés pour vous et avec vous.
Photo : stands partenaires lors de la Journée Mondiale du Vitiligo 2025
Merci à notre partenaire Ker Sun pour leur présence et leur participation souriante et sympathique à la Journée Mondiale du Vitiligo, qui a accueilli les participants sur son stand avec beaucoup de bienveillance et de professionnalisme. Leur engagement à nos côtés est un véritable soutien pour faire avancer notre cause et nos actions associatives.
À l’occasion des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025, le Pr. Antoine Bertolotti (CHU Saint-Pierre, La Réunion) et le Pr. Julien Seneschal (CHU Bordeaux) ont partagé leur expérience autour de la consultation vitiligo à La Réunion. L’occasion d’évoquer les spécificités d’une exposition solaire intense, et son impact sur l’efficacité des traitements.
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Le soleil : entre bienfaits et risques pour la peau
Le soleil est essentiel à notre équilibre : il permet la synthèse de la vitamine D, bénéfique pour les os, l’immunité, et le moral. Mais ses effets sur la peau ne sont pas toujours anodins, notamment à cause des rayons ultraviolets (UV).
Invisible et indolore, l’exposition aux UV se produit souvent à notre insu : en marchant, en conduisant, en prenant un café en terrasse… Et ce, même en hiver, même sous les nuages ou derrière une vitre.
Les UVA, à longue longueur d’onde, pénètrent profondément dans la peau ; ils sont responsables du vieillissement cutané, des taches et rides.
Les UVB, plus agressifs en surface, causent les coups de soleil et peuvent altérer l’ADN des cellules, avec un risque accru de cancer cutané.
Selon la Fédération Internationale de Dermatologie, 80% des dommages causés par les UV seraient accidentels. Une courte exposition (5 à 15 minutes par jour, sur le visage ou les bras) peut être bénéfique mais au-delà, sans protection, elle devient un facteur de risque majeur.
Zones tropicales : une opportunité sous haute surveillance
À La Réunion, l’indice UV est élevé quasiment toute l’année, souvent bien au-delà des niveaux atteints en métropole (où il varie de 0 à 3 en hiver, et jusqu’à 7-9 en été). Une telle intensité rend les zones dépigmentées visibles plus rapidement, même chez les phototypes clairs. Cela peut faciliter le diagnostic… mais aussi augmenter les risques.
Même les peaux foncées peuvent subir des coups de soleil en milieu tropical. Il est donc crucial de trouver le bon équilibre d’exposition.
Le soleil peut être un allié thérapeutique, à condition qu’il soit bien utilisé. Il joue un rôle dans la photothérapie, souvent associée aux traitements du vitiligo. Que ce soit en cabine UV ou à travers une exposition naturelle contrôlée, l’objectif est d’obtenir une légère rougeur sans brûlure, pour stimuler la repigmentation.
Au CHU Site Sud Saint-Pierre, plusieurs protocoles thérapeutiques combinent traitements médicamenteux et exposition solaire, avec des résultats encourageants :
- Un protocole associant Tacrolimus, corticoïdes le week-end et exposition au soleil a permis de réduire de 40% la surface du vitiligo, et les résultats sont encore meilleurs dans les 24 mois suivant l’apparition de la maladie ;
- Une autre combinaison, mêlant la molécule « Baricitinib » et exposition solaire, a entraîné une réduction de 25 à 30% de la surface atteinte.
Ces résultats (dont les détails ont été donnés dans la vidéo ci-contre lors de la conférence tenue lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025) montrent que vivre dans une zone à fort ensoleillement, avec un accompagnement médical adapté, peut améliorer significativement l’efficacité des traitements du vitiligo.
Le soleil peut donc devenir un outil précieux dans la prise en charge du vitiligo. À condition, toujours, d’être bien informé, bien accompagné, et de ne jamais négliger les risques liés aux UV.
La Journée Mondiale du Vitiligo a été organisée cette année à Lyon, pour la première fois dans cette ville, avec une attention particulière portée aux jeunes enfants, aux adolescents, et à la santé mentale. Plus de 100 personnes étaient présentes : malades, adhérents et non adhérents, parents, enfants, psychologues, médecins, chercheurs, laboratoires, et partenaires fidèles.
Une journée riche en émotions, en bienveillance, en humanité dans les échanges, avec du réconfort, du soutien mutuel, des informations, des sourires… et surtout des espoirs qui deviennent réalité. Nous vous en partageons les moments forts dans cet article !
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Une attention politique et institutionnelle renouvelée
Placée sous le Haut patronage du ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, la journée a été ouverte par le ministre Yannick Neuder lui-même, via un message vidéo. Il y exprime son soutien fort et encourageant, et sa volonté que le « vitiligo soit mieux reconnu… et pleinement intégré » dans les politiques de santé.
Madame Céline de Laurens, adjointe au Maire de Lyon, chargée de la Santé, de la Prévention et de la Santé environnementale, a également exprimé le soutien de la Ville et de la région, en ouvrant la journée par un mot d’accueil.
Informations médicales, tables rondes et ateliers
Tout au long de la journée, tables rondes, groupes de parole, séances plénières, ateliers maquillage et temps d’échanges se sont succédé.
Le Dr Cécile Lesort et le Dr Flora Bagouet (Hôpital Edouard Herriot – HCL Lyon) ont présenté les avancées de la recherche et des traitements, et partagé de nombreux éléments porteurs d’espoir, notamment l’arrivée de nouveaux médicaments. Elles ont également souligné l’importance du rôle des patients dans les essais cliniques. Leur présentation a été suivie d’un temps d’échange en questions/réponses avec les participants.
Le Dr Mickael Worms Ehrminger, docteur en santé publique, a animé une intervention sur l’éducation thérapeutique, qui a rassemblé de nombreux participants. Il a évoqué les besoins des malades en termes d’information (diagnostic, évolution, traitement), l’impact du vitiligo sur la qualité de vie et sur la santé mentale, et le manque d’accompagnement psychologique, trop souvent ignoré pour le vitiligo comme pour les autres maladies dermatologiques. Il a aussi insisté sur la nécessité d’une meilleure formation des jeunes médecins sur ces sujets.
Ateliers pratiques et échanges conviviaux
L’atelier maquillage organisé par Shiseido, a rencontré un succès incontestable auprès des participants. Très demandé, il a permis aux participantes de découvrir un nouveau produit de correction, d’échanger avec des professionnels, dans une ambiance accueillante, bienveillante et professionnelle. Comme toujours, nos partenaires ont offert conseils, démonstrations et informations sans compter.
Les stands de nos partenaires fidèles ACM, Glisodin, Isispharma, KerSun et Shiseido étaient également présents tout au long de la journée, disponibles pour répondre aux questions, présenter et offrir leurs produits dédiés au vitiligo.
Par ailleurs, l’atelier Paroles de jeunes a permis d’entendre des mots puissants et touchants. Quelques phrases marquantes, entendues lors de cet échange :
« Mes taches c’est comme des petites formes. Il y en a qui ont des formes d’animaux ou de cœurs. C’est comme ça que je vois si elles ont changé ou pas. »
« Mon vitiligo m’a rendue créative. »
« J’aime la tâche au niveau de mon front parce que ça ressemble à un arbre qui pousse, je trouve ça trop beau. »
« Avant je voulais être chercheur en physique, mais depuis que j’ai le vitiligo je veux devenir chercheur pour trouver des traitements et des médicaments. »
Vitiligo et enfance : accompagner, sécuriser, écouter
Une table ronde spécifique a été consacrée à l’accompagnement médical et psychologique de l’enfant atteint de vitiligo. Elle réunissait le Pr Khaled Ezzedine (en visio), le Dr Anne-Laure Souillet (dermatologue), la psychologue Pauline Vabre, et le Dr Worms Ehrminger.
Cette discussion a souligné l’importance de la place de l’enfant au sein de la famille – fratrie, parents – et les risques d’une anxiété parentale excessive, exprimée notamment lors de l’atelier Parents. Cette inquiétude, bien que légitime, peut être préjudiciable au développement de l’enfant.
Un environnement affectif sécurisé est nécessaire et essentiel : lui donner confiance, mettre en valeur ses talents, l’écouter et surtout lui donner la parole, l’accompagner notamment en matière de traitements, lui laisser le choix.
Atelier enfants/adolescents : une vraie leçon de résilience
C’est sans doute dans l’atelier Enfants/Adolescents que se sont révélés les meilleurs leviers de résilience. Démarré dans la timidité pour certains, l’atelier a permis à une dizaine d’enfants de s’exprimer librement, grâce notamment à la lecture du livre Léo s’efface, présenté ce jour-là et dont nous vous reparlerons en septembre.
Par le dessin, la parole, leurs mots simples, les enfants ont raconté leur vie avec le vitiligo : à l’école, avec leurs amis, à la maison. Un moment fort, pour eux comme pour les adultes présents.
« Je pourrai faire 10 heures de voiture pour revenir l’année prochaine ! » a lancé une jeune participante, comme un mot de la fin plein d’élan et de joie.
Une journée mondiale, une cause internationale
Depuis plus de 10 ans, la Journée Mondiale du Vitiligo est célébrée partout dans le monde, avec des événements toujours plus spectaculaires : manifestations sportives, concerts, conférences, témoignages.
Jean-Marie Meurant a rappelé l’histoire de cette journée et le rôle crucial de l’international, notamment à travers l’action de VIPOC, le comité international des organisations de patients du vitiligo.
Dans ce cadre, sur l’initiative et avec la réalisation de l’AFV, les membres de VIPOC (dont l’AFV) ont réalisé une vidéo collective – publiée sur notre compte Instagram – appelant au retour de la Journée Mondiale du Vitiligo dans le calendrier officiel de l’ONU. Cette vidéo a été projetée lors de la journée à Lyon.