Quand l’art raconte la peau : le travail sensible de Maïté Cunningham
L’Association Française du Vitiligo est heureuse de mettre en lumière le travail d’une jeune artiste plasticienne, Maïté Cunningham, rencontrée récemment à Montrouge lors de la visite d’un atelier d’artistes. Son œuvre singulière, centrée sur la peau (ses textures, ses fragilités et ce qu’elle donne à voir) résonne fortement avec les expériences vécues par les personnes atteintes de vitiligo et, plus largement, par toutes celles dont la peau raconte une histoire.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Créer avec la peau : une démarche artistique qui parle de réparation
Formée à la maroquinerie et à la sellerie, Maïté Cunningham (photo ci-contre) développe une pratique où la couture occupe une place essentielle. Elle coud, raccommode, relie, comme un geste de soin. Le fil, dans son travail, devient suture. Une trace. Une mémoire. Une tentative de réparer ce qui a été fragilisé — qu’il s’agisse de la terre, du corps, de l’esprit ou de l’amour.
Sa série récente « Ma peau » est constituée de 18 petites toiles mêlant cuir de réemploi, tissu et encre. Chacune de ces pièces évoque une peau-membrane : un territoire sensible où s’inscrivent des blessures, des marques et des reconstructions. La surface picturale oscille entre tensions et apaisements, entre ce qui est montré et ce qui est retenu. Dans cette approche, la peau n’est plus seulement une enveloppe : elle devient mémoire intime et collective, un espace où se déposent jugements, regards, stigmates… mais aussi transformations et résilience.
Cette démarche trouve résonance particulière auprès de notre association : montrer la peau autrement, en faire un langage, un paysage, une poésie visuelle, contribue à changer le regard sur les maladies de peau affichantes.
Peau, perception et vulnérabilité : un travail qui fait écho au vitiligo
Touchée elle-même par l’eczéma, Maïté Cunningham s’intéresse profondément à ce que la peau exprime et à la façon dont elle est perçue par les autres. Son œuvre interroge en effet :
- ce que l’on projette sur les peaux différentes,
- ce que les marques visibles racontent,
- comment la fragilité peut devenir force,
- comment l’intime rejoint le collectif.
Inscrite entre sensibilité personnelle et questionnements universels, la démarche de Maïté Cunningham transforme cicatrices et singularités en matière poétique, en vecteur de sensibilisation et de lien. Une rencontre artistique qui touche, qui interroge, et qui, pour l’AFV, s’inscrit pleinement dans la volonté de faire évoluer le regard sur le vitiligo et sur toutes les peaux différentes.
Le poème qui accompagne la série prolonge cette réflexion (voir ci-dessous). Il explore les gestes, les usages, les jugements et les affects liés à la peau. Il parle de ce qui se voit… et de ce qui ne se voit pas :
Ma peau.
Un territoire. Une mémoire.
Une peau qu’on gratte,
qu’on tire,
qu’on coupe,
qu’on coud.
Peau qui sèche,
qui suinte,
qui cloque,
qui saigne,
qui pèle,
qui brille.
Peau qu’on crème,
qu’on rase,
qu’on parfume,
qu’on maquille.
Peau qu’on cache,
qu’on exhibe,
qu’on couvre,
qu’on juge.
Peau frontière,
peau vitrine,
peau barrière.
Peau qu’on caresse,
qu’on cherche,
qu’on embrasse,
qu’on lèche.
Peau qui décide,
peau qui condamne.
Peau qu’on classe,
peau qu’on aime,
peau qu’on déteste.
Et moi, sous la peau…