Alors que l’accès aux dermatologues devient difficile dans de nombreuses régions, la Société Française de Dermatologie (SFD) lance Mobil’Derm, un cabinet médical itinérant conçu pour aller directement à la rencontre des patients. Une initiative rare, très attendue, qui pourrait changer le quotidien de nombreuses personnes atteintes de maladies dermatologiques visibles — dont le vitiligo.
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Une réponse concrète aux déserts médicaux, au plus près des patients
Depuis plusieurs années, la dermatologie est l’une des spécialités les plus touchées par la pénurie de médecins. Avec seulement 2 880 dermatologues actifs en France (alors qu’on en comptait 3 758 en 2010), les délais explosent et certains renoncent même à consulter. Face à cette situation, la SFD a imaginé Mobil’Derm, un véritable cabinet médical sur roues.
Installé dans un camion entièrement équipé (soutenu par la Fondation Renault), il comprend :
- une table d’examen,
- un dermoscope,
- une lampe de Wood (instrument essentiel notamment pour visualiser les zones dépigmentées du vitiligo),
- du matériel permettant de réaliser biopsies ou cryothérapie si nécessaire.
Les consultations seront assurées par des dermatologues volontaires, sur rendez-vous, et facturées au tarif habituel.
Pour les personnes atteintes de vitiligo, souvent confrontées à des délais très longs ou à des annulations faute de spécialistes disponibles, cette solution représente un accès facilité au diagnostic, au suivi et aux conseils adaptés.
Un déploiement progressif partout en France
La phase pilote débutera en Nouvelle-Aquitaine dès février 2026, avant un déploiement progressif dans tout le pays, à raison de deux régions supplémentaires par an. Chaque mission Mobil’Derm sera animée par un ou deux dermatologues (hospitaliers, libéraux ou retraités), ainsi qu’un assistant-chauffeur chargé de l’accueil, de la logistique et de l’organisation des consultations.
Ce dispositif pourra également s’appuyer sur les pharmaciens d’officine, souvent premiers témoins des difficultés d’accès aux spécialistes, et sur les médecins généralistes ou CPTS, pour repérer les patients nécessitant un examen dermatologique.
Pour les malades du vitiligo, ce projet est porteur d’espoir :
- accès plus rapide à un avis expert,
- diagnostic précoce et prise en charge mieux adaptée,
- réduction des “pertes de chance” liées à l’attente,
- possibilité d’utiliser des outils adaptés, comme la lampe de Wood, souvent absents des structures de proximité.
Avec Mobil’Derm, la dermatologie sort donc de l’hôpital pour aller vers les patients — une avancée importante pour celles et ceux qui vivent avec une maladie visible et ont besoin d’un meilleur accompagnement.
Le magazine de référence des pharmacies Le Moniteur des Pharmacies vient de publier un cahier Formation de 16 pages entièrement consacré au vitiligo : un document rare, complet, et destiné à mieux outiller les pharmaciens pour accompagner les patients. L’Association Française du Vitiligo a été étroitement associée à sa réalisation, aux côtés d’experts reconnus, et nous vous partageons ce dossier ici.
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Un contenu inédit pour mieux comprendre et mieux accompagner
Ce dossier revient en détail sur tous les aspects du vitiligo : mécanismes immunologiques, formes de la maladie, critères d’activité, solutions thérapeutiques existantes et à venir, place de la photothérapie, solutions cosmétiques, et impact psychologique majeur.
Pour les pharmaciens, souvent premiers interlocuteurs des patients, c’est une ressource précieuse pour :
- pouvoir répondre aux principales questions et orienter correctement ;
- rassurer et lutter contre les idées reçues ;
- expliquer les traitements (comme le ruxolitinib ou le tacrolimus) ;
- encourager une prise en charge précoce ;
- soutenir l’observance des traitements ;
- repérer une souffrance psychologique.
Le dossier contient également une interview (page 9) de Martine Carré, Présidente de l’AFV, qui rappelle l’importance de ne pas banaliser la maladie et la nécessité d’un soutien global : médical, psychologique et social.
Une reconnaissance importante pour le vitiligo… et pour l’AFV
La publication de ce cahier Formation est une excellente nouvelle pour les patients : elle contribue à améliorer la connaissance du vitiligo auprès d’un large réseau de professionnels de santé, renforçant sa reconnaissance comme maladie auto-immune chronique, parfois très douloureuse psychologiquement.
C’est aussi une belle valorisation du travail de l’AFV, qui œuvre depuis plus de 30 ans pour informer, sensibiliser et faire avancer notre cause. Grâce à cette collaboration, le vitiligo bénéficie d’une visibilité rare dans une publication professionnelle de référence.
Le cahier complet, incluant l’interview de Martine Carré, est disponible sur notre site :
L’Association Française du Vitiligo présente « Léo s’efface », un nouvel album jeunesse écrit par Paule Battault et illustré par Julie Debezy, qui raconte avec douceur et sensibilité l’histoire de Léo, un petit garçon atteint de vitiligo. Raconté à hauteur d’enfant, ce livre est une belle invitation à l’empathie, à la compréhension et à l’espoir.
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Une histoire pour parler du vitiligo avec justesse et émotion
Le lecteur suit son regard curieux, inquiet puis bienveillant, alors qu’elle observe les taches blanches apparaître sur la peau de son frère. L’autrice Paule Battault explique : « Je voulais montrer les effets physiques mais aussi psychologiques du vitiligo. En racontant l’histoire du point de vue d’une sœur, je pouvais évoquer la surprise, la peur, puis la compassion, tout en restant à la bonne distance. »
Le texte met en lumière le poids du regard des autres, qui blessent parfois sans un mot. L’autrice souhaite en faire une histoire universelle, où chacun peut se reconnaître : « On se sent tous, un jour, différent des autres », rappelle-t-elle.
La progression du récit, de la légèreté à la peur, puis vers l’acceptation, permet aux enfants de comprendre et apprivoiser la différence. La fin, emplie d’espoir, montre que Léo retrouve confiance en rencontrant d’autres enfants atteints de vitiligo : il comprend qu’il n’est pas seul.
Avec ce projet, l’Association Française du Vitiligo poursuit son engagement pour mieux faire connaître le vitiligo, notamment auprès des plus jeunes. Le livre « Léo s’efface » peut être commandé au tarif de 10€ (couvrant les frais d’envoi). Il sera également distribué dans certains cabinets de dermatologie et services de dermatologie des CHU…
Un album poétique, porteur d’espoir et de beauté
L’esthétique du livre a été pensée avec soin pour faciliter l’identification et valoriser la beauté du personnage principal. « Je voulais que Léo soit beau, explique l’autrice. Montrer que la maladie n’enlaidit pas, c’est essentiel. »
Les illustrations de Julie Debezy, au style doux et poétique, apportent cette dimension artistique chère à l’AFV. Le vitiligo y est représenté graphiquement comme des “coups de gomme”, symbolisant les zones de dépigmentation, mais aussi l’effacement progressif de la peur et de la honte. Sur la couverture, le visage de Léo en gros plan suscite l’émotion et l’attachement ; dans une page marquante, on le découvre déguisé en léopard, image forte de l’acceptation et de la fierté retrouvée.
Avec son langage simple et à des situations du quotidien (la plage, la piscine, le cabinet médical, la rue), « Léo s’efface » s’adresse aux enfants de primaire, mais aussi à leurs parents, enseignants et soignants. C’est un outil pédagogique et sensible, à la croisée de l’art et de la sensibilisation, qui invite à parler du vitiligo autrement : avec bienveillance, tendresse et espoir.
Une nouvelle étape majeure pour la reconnaissance du vitiligo et des maladies de peau « affichantes » : le Conseil économique, social et environnemental (CESE, qui conseille le Gouvernement et le Parlement) vient de publier son rapport sur la santé mentale des jeunes, dans lequel il souligne le poids des discriminations liées à l’apparence physique, et cite spécifiquement le vitiligo parmi les exemples emblématiques. Un signal fort pour la communauté des patients, et une véritable reconnaissance du travail accompli par l’Association Française du Vitiligo (AFV) depuis plus de 30 ans.
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Le vitiligo enfin cité comme exemple de maladie visible à fort impact psychologique
Dans ce rapport de référence sur la santé mentale, le CESE consacre un passage à l’impact des discriminations liées à l’apparence sur la santé mentale des jeunes. On peut y lire : « À un âge de construction de son identité, des discriminations liées à l’apparence pèsent sur la santé mentale. Les maladies visibles engendrent des phénomènes de stigmatisation et de discrimination, principalement en milieu scolaire (…). »
Le document cite explicitement le cas du vitiligo, notant que le stress, les facteurs environnementaux et psychosociaux contribuent non seulement à son apparition, mais aussi à sa progression.
Le CESE insiste aussi sur la nécessité de mieux informer les proches, les enseignants et les professionnels de santé : « Le traitement ne devrait pas se limiter à la sévérité clinique de la maladie, mais également aborder les enjeux de qualité de vie du patient. » Ce constat rejoint les messages portés par l’AFV depuis des années : parler du vitiligo, former, accompagner, et ne plus séparer santé physique et santé mentale.
Une reconnaissance officielle du travail de l’AFV et de ses partenaires
Le Dr Mickaël Worms Ehrminger (docteur en santé publique, qui a animé une intervention sur l’éducation thérapeutique lors de la la Journée Mondiale du Vitiligo 2025 à Lyon, ainsi qu’un conférence sur la perception du vitiligo lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025, voir la vidéo ci-contre), avait été auditionné par le CESE dans le cadre de cette étude, tout comme le laboratoire Incyte, partenaire de l’association. Ils ont témoigné sur la prise en compte des maladies de peau affichantes, dont le vitiligo, et sur les enseignements de l’étude IFOP menée en partenariat avec l’AFV.
Sensible à ces constats, le rapporteur et la commission des affaires sociales du CESE ont repris plusieurs propositions formulées par le Collectif Vitiligo dans lequel l’AFV est une partie prenante très impliquée. Le rapport cite même explicitement l’association et ses travaux sur le vécu psychosocial des jeunes atteints de vitiligo.
Cette mention constitue une avancée majeure : elle place désormais le vitiligo au cœur des réflexions nationales sur la santé mentale et les discriminations liées à l’apparence. C’est aussi une reconnaissance officielle du travail d’influence et de sensibilisation mené depuis plusieurs années par Martine Carré, Présidente de l’AFV, avec le soutien constant de nos laboratoires partenaires.
Cette visibilité institutionnelle marque une étape importante : le vitiligo n’est plus seulement une maladie de peau, mais une réalité de santé publique reconnue par les instances nationales. Une victoire collective pour toutes les personnes concernées, et un encouragement à poursuivre le combat pour la reconnaissance, la recherche et le bien-être des patients…
Le vitiligo touche toutes les générations, mais le regard porté par les jeunes d’aujourd’hui semble bien différent de celui de leurs aînés. Nous avons eu l’occasion d’en discuter avec eux, lors de l’atelier Paroles de Jeunes organisé à Lyon en juin 2025, à l’occasion de la Journée Mondiale du Vitiligo.
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Créativité et confiance pour se réinventer
Lors de l’atelier Paroles de Jeunes organisé à Lyon en juin 2024, plusieurs adolescent·es ont partagé la manière unique dont ils et elles perçoivent leur peau. Leurs taches deviennent des formes, des symboles, parfois même des œuvres d’art.
« Mes taches, c’est comme des petites formes. Il y en a qui ont des formes d’animaux ou de cœurs. C’est comme ça que je vois si elles ont changé ou pas. »
« Mon vitiligo, ça m’a rendue créative. »
« J’aime la tache au niveau de mon front parce que ça ressemble à un arbre qui pousse, je trouve ça trop beau. »
Là où dominaient autrefois la gêne et le camouflage, on observe désormais plus d’espoir, d’acceptation et même de créativité. Les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle clé dans cette dynamique : en suivant des personnalités ou des modèles qui s’affichent fièrement avec leur vitiligo, beaucoup d’adolescents trouvent une source d’inspiration et de confiance.
Soutien et projets d’avenir : une génération tournée vers l’espoir
Au départ timides, les participant·es ont trouvé dans le groupe un espace d’écoute et de solidarité. Les échanges ont en effet libéré la parole et renforcé la confiance, les jeunes ont découvert que parler ensemble de leur vécu apportait un soutien précieux et renforçait leur confiance. Cette expérience témoigne de leur immense capacité de résilience : transformer un moment de vulnérabilité en espace d’ouverture et de solidarité.
Les jeunes ont rappelé l’importance d’être entourés : famille et amis sont des soutiens essentiels face aux regards difficiles. Avoir des amis qui les acceptent tels qu’ils et elles sont, et des proches qui les accompagnent sans jugement, constitue une véritable force.
L’un d’eux a même témoigné d’un changement de trajectoire inspiré par son vécu, démontrant que l’expérience personnelle peut devenir une source de motivation tournée vers les autres et vers l’avenir :
« Avant je voulais être chercheur en physique, mais depuis que j’ai le vitiligo je veux devenir chercheur pour trouver des traitements et des médicaments. »
Ces expériences révèlent une immense capacité de résilience. Pour cette nouvelle génération, le vitiligo peut rester une contrainte, mais il devient aussi une singularité porteuse d’espoir, de créativité et parfois même d’engagement.
C’est avec passion et engagement personnel que Victoria Peter, récemment diplômée Docteur en Pharmacie à la faculté de Pharmacie de Strasbourg, a consacré sa thèse de fin d’études au vitiligo sous la direction du Pr Pauline Soulas-Sprauel, Professeur d’Immunologie. Une démarche que l’étudiante qualifie elle-même de « photo à un instant T » de l’éventail thérapeutique disponible et en développement, enrichie d’une approche immunologique fine qui mérite d’être partagée.
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L’immunologie, clé de compréhension du vitiligo
L’immunologie joue un rôle fondamental dans les mécanismes du vitiligo, en croisant l’immunité innée et adaptative (les mélanocytes, cellules responsables de la pigmentation, étant détruits sous l’effet de mécanismes immunitaires complexes), avec des pistes de recherche de plus en plus fines pour en décrypter les causes et les leviers d’action. Outre les facteurs génétiques et environnementaux, le stress oxydant et les déséquilibres immunitaires contribuent à déclencher et à entretenir la maladie. C’est donc tout naturellement que les nouvelles thérapeutiques explorent ces mécanismes en profondeur.
L’exemple le plus emblématique reste l’arrivée du ruxolitinib, un « inhibiteur de JAK », spécifiquement indiqué pour le traitement du vitiligo. Ce traitement cible directement certaines voies de signalisation immunitaires impliquées dans la destruction des mélanocytes. Un pas de géant dans la reconnaissance thérapeutique du vitiligo et un signal fort adressé à la communauté scientifique et médicale.
La thèse présente notamment une ouverture sur les traitements à venir, à travers l’analyse d’essais cliniques en cours et du rationnel immunologique sous-jacent. De nombreux traitements du vitiligo sont utilisés hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché, accord officiel délivré par une agence de santé qui permet à un médicament d’être commercialisé car il est jugé sûr, efficace et de qualité), ce qui rend d’autant plus nécessaire l’information des pharmaciens et patients pour sécuriser leur usage.
Informer pour mieux accompagner
Au-delà de l’inventaire scientifique, Victoria Peter insiste sur un point essentiel dans sa pratique de pharmacienne : l’écoute du patient. Comprendre pourquoi un traitement est prescrit, quels sont les besoins du patient, et adapter le conseil en conséquence. Elle souligne aussi l’importance d’une formation continue, dans un domaine où la recherche évolue vite, mais reste encore trop peu connue.
L’implication des professionnels de santé est en effet essentielle pour mieux informer, orienter, et accompagner les patients. Elle précise : « En tant que pharmaciens, nous ne connaissons pas toujours le diagnostic qui a conduit à la prescription d’un médicament. Il est donc essentiel d’interroger le patient pour savoir si le traitement est bien prescrit dans le cadre de l’AMM et, par conséquent, d’adapter les conseils donnés. J’avais donc très envie, dans le cadre de ma thèse, de faire un tour d’horizon des traitements pouvant être utilisés dans le vitiligo d’après les dernières recommandations internationales. »
Une perspective personnelle et professionnelle
Atteinte elle-même de vitiligo depuis une dizaine d’années, Victoria Peter souhaitait apporter, à travers ce travail, une meilleure compréhension de la maladie à ses pairs et aux patients. Son vécu a renforcé sa volonté d’explorer les traitements disponibles et en développement, tout en mettant en lumière la réalité quotidienne des personnes concernées, souvent confrontées à une absence de solution ou à un suivi insuffisant.
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Dans le cadre de la rédaction de cette thèse, l’étudiante s’est notamment appuyée sur sa propre expérience de traitement interrompu, par manque de solutions perçues et de régularité dans l’application des protocoles, notamment avec le Protopic®. Son parcours universitaire et un stage en service d’essais cliniques l’ont poussée à vouloir décortiquer le fonctionnement des essais thérapeutiques et à apporter des réponses concrètes, scientifiquement étayées, autour du vitiligo.
Cette thèse est une ressource précieuse pour mieux comprendre le vitiligo du point de vue scientifique, mais aussi humain. Nous adressons toutes nos félicitations à Victoria Peter pour son travail et pour avoir choisi cette problématique qui nous touche particulièrement.
Le site Ameli.fr, référence nationale en matière de santé, publie un dossier complet consacré au vitiligo. Une avancée importante qui marque la reconnaissance de cette maladie par les instances officielles et le monde médical. L’AFV, par la voix de sa Présidente Martine Carré, a été sollicitée pour y apporter des éclairages.
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Un pas important pour la reconnaissance du vitiligo
Pour la première fois, Ameli.fr (le site de la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie) vient de publier une fiche complète sur le vitiligo : définition, causes, symptômes, traitements, accompagnement psychologique, précautions sur l’exposition solaire… Toutes ces informations riches et détaillées, validées par des experts de santé sont désormais accessibles à tous les assurés et internautes.
Ce nouvel article sur Ameli.fr n’est pas seulement une fiche d’information : il est le signe que le vitiligo est reconnu comme une véritable problématique de santé publique, prise en compte par les instances officielles. En effet, l’article met l’accent sur des sujets actuels de grande importance pour les malades du vitiligo : l’urgence médicale à traiter dès l’apparition de la maladie, recommandations détaillées de traitements de référence pour le monde médical, ainsi que la photothérapie et l’usage des lampes à domicile. Pour les malades, c’est un message fort : leur maladie existe, elle est connue, étudiée, et fait l’objet d’une attention croissante du monde médical. Pour l’AFV, c’est une nouvelle étape dans un long combat pour changer le regard de la société et favoriser une meilleure prise en charge.
Le fait que ce site officiel, consulté chaque jour par des milliers de patients et de professionnels, consacre un article détaillé au vitiligo est une étape majeure pour faire reconnaître cette maladie de peau, trop longtemps minimisée ou mal comprise. La dynamique lancée depuis 2024 à travers le Collectif Vitiligo, dont l’AFV est l’un des membres fondateurs, a contribué à la mise en lumière cette pathologie. C’est notamment par la publication des 16 propositions du manifeste que nous avons pu plaider pour une amélioration du parcours de soins et un meilleur accompagnement face au lourd fardeau psycho-social qu’implique le vitiligo. Dans cette optique, nous avons pu travailler sur ces enjeux de santé publique et d’inclusion avec les institutions.
34 ans d’engagement de l’AFV pour porter la voix des malades
Cette reconnaissance n’arrive pas par hasard. En effet depuis sa création en 1991, l’AFV œuvre sans relâche pour défendre les personnes atteintes de vitiligo. Pendant 34 ans, l’association a participé à d’innombrables enquêtes, études, réunions et congrès, en France comme à l’international, pour porter la parole des malades auprès des chercheurs, des médecins, des institutions et du grand public.
Toujours volontaire pour s’associer aux initiatives, l’AFV a contribué à faire progresser la recherche, à sensibiliser le grand public et à améliorer la visibilité de cette maladie dermatologique visible, mais encore trop peu connue. L’Association Française du Vitiligo agit dans toutes les directions pour que le vitiligo soit enfin reconnu à sa juste valeur. Nous sommes fiers de voir que notre engagement porte ses fruits, et nous continuerons à œuvrer pour une meilleure qualité de vie des patients.
Aujourd’hui, voir le vitiligo traité officiellement sur Ameli.fr est une victoire collective, qui prouve que l’engagement de l’AFV, aux côtés des patients et des professionnels de santé, fait bouger les lignes.
À La Réunion, l’organisation autour de la télé-expertise permet un gain de temps précieux pour les patients comme pour les médecins. Un modèle efficace, présenté lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025.
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La Réunion : un territoire marqué par la diversité
Lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025, le Pr. Antoine Bertolotti (CHU Saint-Pierre, La Réunion) et le Pr. Julien Seneschal (CHU Bordeaux) ont partagé leur expérience sur l’organisation de la consultation vitiligo au CHU Site Sud de Saint-Pierre (voir la vidéo ci-contre).
Depuis son retour à La Réunion, le Pr. Bertolotti a constaté une prévalence importante du vitiligo sur l’île, qui compte environ 900 000 habitants. Tous les phototypes de peau y sont représentés, en raison d’un brassage ethnique historique (Europe, Afrique, Asie). Cela crée une grande variété d’expressions cliniques des maladies de peau, représentant un véritable défi dermatologique.
En parallèle, la question de l’accès aux soins dermatologiques reste cruciale. En métropole, les délais de rendez-vous peuvent atteindre plusieurs mois, alors que le vitiligo est ce qu’on peut appeler une “urgence thérapeutique” : plus un traitement est commencé tôt après l’apparition des zones dépigmentées, meilleurs seront les résultats.
À La Réunion, environ 25 à 30 dermatologues exercent dans le secteur public et libéral. Mais leur répartition reste inégale, concentrée surtout dans le nord-ouest et le sud. Pour faire face à cette réalité, le service du CHU Sud a mis en place une organisation hybride : la moitié des consultations sont programmées longtemps à l’avance, l’autre moitié est débloquée à la dernière minute, dans les 15 jours précédents, pour permettre de recevoir des cas urgents rapidement.
Photo : l’équipe dermatologique du CHU Saint-Pierre, La Réunion
Télé-expertise : une solution concrète et pédagogique
L’un des leviers les plus efficaces mis en place est la télé-expertise : une plateforme qui permet à un médecin généraliste de solliciter l’avis d’un autre médecin (ici, un dermatologue – à ne pas confondre avec la téléconsultation, où un patient consulte directement un spécialiste), en envoyant un cas ou des photos.
Cette organisation fonctionne bien : sur les 1 000 médecins généralistes de l’île, 500 participent activement au réseau. Cela représente 25 à 30 demandes par jour au service du Pr. Bertolotti, prises en charge par une personne quasi dédiée à temps plein.
Les bénéfices sont multiples :
- Les médecins peuvent obtenir une réponse rapide et spécialisée,
- Les dermatologues transmettent des recommandations à jour, partagent des protocoles, et renforcent la qualité des soins sur l’ensemble du territoire,
- Chaque retour est aussi une occasion pédagogique, offrant une formation continue concrète à chaque médecin généraliste.
Environ la moitié des demandes traitées par télé-expertise génèrent ensuite une consultation spécialisée, ce qui permet de prioriser les cas les plus urgents.
Un point d’attention néanmoins : pour que ce système soit pleinement efficace, les médecins doivent être formés à envoyer des photos exploitables (bonne lumière, cadrage adapté, contraste visible, etc.), afin de permettre un avis dermatologique fiable et précis.
L’exemple réunionnais montre que la télé-expertise peut transformer l’accès aux soins en dermatologie, en particulier pour des maladies comme le vitiligo, où le facteur temps est déterminant. Mieux informés, mieux orientés, les patients peuvent bénéficier plus tôt des traitements adaptés. Une voie à suivre pour d’autres territoires confrontés à une démographie médicale tendue.
En début d’année, nous avions relayé un appel à participation pour une étude menée par Emmy Thevenon, alors étudiante en psychomotricité à l’ISRP de Vichy. Atteinte elle-même de vitiligo généralisé, elle a consacré son mémoire de fin d’études à une question peu abordée mais cruciale : l’impact du vitiligo sur l’image corporelle. Merci à toutes les personnes qui avaient répondu à cette étude, et voici ce que son travail révèle.
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Une insatisfaction corporelle significative
L’étude de Emmy Thevenon repose sur une comparaison entre deux groupes : des adultes atteints de vitiligo généralisé (91 personnes), et un groupe témoin sans vitiligo (66 personnes), tous âgés de 25 à 59 ans. Les résultats doivent être interprétés avec prudence de par le faible échantillon et les biais d’interprétation possible.
Les résultats sont parlants néanmoins : 75,4% des personnes atteintes de vitiligo déclarent ne pas aimer leur corps, contre seulement 19% dans le groupe témoin, soit un écart statistiquement significatif. Autrement dit, le vitiligo, bien que bénin physiquement, peut générer une souffrance psychocorporelle importante pour les personnes atteintes, marquée par un sentiment d’insatisfaction fort.
Concernant la perception corporelle (la manière de ressentir son corps dans l’espace et dans la vie quotidienne), les résultats montrent des différences modérées mais constantes :
- Les personnes atteintes de vitiligo se sentent un peu moins résistantes (score moyen de 3,08 contre 3,42) ;
- Leur perception de l’attirance corporelle est également en retrait (3,18 vs 2,97) ;
- La perception d’un corps “plein”, chaleureux ou source de plaisir est diminuée.
Ainsi, les personnes concernées par le vitiligo ont tendance à percevoir leur corps comme plus fragile, mais pas totalement dégradé pour autant : certains indicateurs comme la perception de la propreté ou l’adéquation avec l’âge restent stables, bien que d’autres révèlent une tendance à considérer le corps comme moins expressif, moins séduisant et moins apaisant. Cela suggère que le regard de l’autre joue un rôle plus déterminant que le regard sur soi-même.
L’étudiante précise : « On remarque une tendance à vouloir cacher son corps, que l’on retrouve aussi véritablement chez certains individu avec l’utilisation de maquillage pour camoufler par exemple. »
Par ailleurs, les personnes atteintes de vitiligo interrogées dans l’étude décrivent une inhibition dans l’exposition de leur corps : une tendance à cacher leur peau, à percevoir leur corps comme “moins expressif” ou “moins érotique”. Ces données rejoignent d’autres recherches internationales qui font état d’une anxiété sociale accrue, de difficultés relationnelles ou sexuelles chez les personnes atteintes de vitiligo.
L’impact dépasse donc l’esthétique : il touche à l’identité, à l’intimité, au lien aux autres et à la façon de se sentir “entier”.
Enfin, un point fort de l’étude indique que les personnes atteintes de vitiligo ne perçoivent pas leur corps comme “sale” ou “impur”, malgré les stigmates visibles. Cela indique que les préjugés sociaux ne sont pas forcément intériorisés, du moins sur ce plan. Cette nuance est importante : elle montre qu’il est possible de construire une image de soi plus apaisée, en dépit du regard extérieur.
Pour une approche psychomotrice du vitiligo
Dans son mémoire, Emmy Thevenon précise que le vitiligo, au-delà de sa dimension cutanée, devrait être considéré comme une expérience corporelle globale, engageant le regard, le toucher, la représentation de soi et le lien à autrui. Elle précise : « La peau est unique (vitiligo, grain de beauté), porteuse des traces (cicatrices, maquillage, tatouage), de notre vécu et identité. »
Ce travail appelle à une meilleure reconnaissance du vitiligo dans les champs de la santé mentale et la psychomotricité (approche dite « hollistique », c’est-à-dire qu’elle regroupe toutes les sphères de l’individu : sensorialité, psyché, motricité, social, cognition…). Il met en lumière l’importance d’accompagner les patients dans une reconquête de leur corps, via des approches corporelles, sensorielles et affectives.
Comme le souligne la jeune diplômée : « Le vitiligo paraît modifier durablement la perception que l’on a de son corps. Il faut pouvoir proposer des outils d’accompagnement corporel qui aident à recréer une relation apaisée à soi. »
Cette étude, bien qu’exploratoire, constitue une base inédite et précieuse pour mieux comprendre l’impact invisible du vitiligo sur l’image de soi. Elle confirme ce que de nombreux témoignages avaient déjà suggéré : le vitiligo ne s’arrête pas à la peau. Il touche aussi le cœur, l’estime de soi, la relation aux autres – et mérite, à ce titre, une prise en charge globale et empathique.
Merci encore à toutes les personnes de notre communauté ayant répondu à ce questionnaire. Ce travail contribue à faire avancer la compréhension du vitiligo dans ses dimensions psychiques et sociales – et à rendre visible ce qui ne l’est pas toujours.