En début d’année, nous avions relayé un appel à participation pour une étude menée par Emmy Thevenon, alors étudiante en psychomotricité à l’ISRP de Vichy. Atteinte elle-même de vitiligo généralisé, elle a consacré son mémoire de fin d’études à une question peu abordée mais cruciale : l’impact du vitiligo sur l’image corporelle. Merci à toutes les personnes qui avaient répondu à cette étude, et voici ce que son travail révèle.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Une insatisfaction corporelle significative
L’étude de Emmy Thevenon repose sur une comparaison entre deux groupes : des adultes atteints de vitiligo généralisé (91 personnes), et un groupe témoin sans vitiligo (66 personnes), tous âgés de 25 à 59 ans. Les résultats doivent être interprétés avec prudence de par le faible échantillon et les biais d’interprétation possible.
Les résultats sont parlants néanmoins : 75,4% des personnes atteintes de vitiligo déclarent ne pas aimer leur corps, contre seulement 19% dans le groupe témoin, soit un écart statistiquement significatif. Autrement dit, le vitiligo, bien que bénin physiquement, peut générer une souffrance psychocorporelle importante pour les personnes atteintes, marquée par un sentiment d’insatisfaction fort.
Concernant la perception corporelle (la manière de ressentir son corps dans l’espace et dans la vie quotidienne), les résultats montrent des différences modérées mais constantes :
- Les personnes atteintes de vitiligo se sentent un peu moins résistantes (score moyen de 3,08 contre 3,42) ;
- Leur perception de l’attirance corporelle est également en retrait (3,18 vs 2,97) ;
- La perception d’un corps “plein”, chaleureux ou source de plaisir est diminuée.
Ainsi, les personnes concernées par le vitiligo ont tendance à percevoir leur corps comme plus fragile, mais pas totalement dégradé pour autant : certains indicateurs comme la perception de la propreté ou l’adéquation avec l’âge restent stables, bien que d’autres révèlent une tendance à considérer le corps comme moins expressif, moins séduisant et moins apaisant. Cela suggère que le regard de l’autre joue un rôle plus déterminant que le regard sur soi-même.
L’étudiante précise : « On remarque une tendance à vouloir cacher son corps, que l’on retrouve aussi véritablement chez certains individu avec l’utilisation de maquillage pour camoufler par exemple. »

Par ailleurs, les personnes atteintes de vitiligo interrogées dans l’étude décrivent une inhibition dans l’exposition de leur corps : une tendance à cacher leur peau, à percevoir leur corps comme “moins expressif” ou “moins érotique”. Ces données rejoignent d’autres recherches internationales qui font état d’une anxiété sociale accrue, de difficultés relationnelles ou sexuelles chez les personnes atteintes de vitiligo.
L’impact dépasse donc l’esthétique : il touche à l’identité, à l’intimité, au lien aux autres et à la façon de se sentir “entier”.
Enfin, un point fort de l’étude indique que les personnes atteintes de vitiligo ne perçoivent pas leur corps comme “sale” ou “impur”, malgré les stigmates visibles. Cela indique que les préjugés sociaux ne sont pas forcément intériorisés, du moins sur ce plan. Cette nuance est importante : elle montre qu’il est possible de construire une image de soi plus apaisée, en dépit du regard extérieur.

Pour une approche psychomotrice du vitiligo
Dans son mémoire, Emmy Thevenon précise que le vitiligo, au-delà de sa dimension cutanée, devrait être considéré comme une expérience corporelle globale, engageant le regard, le toucher, la représentation de soi et le lien à autrui. Elle précise : « La peau est unique (vitiligo, grain de beauté), porteuse des traces (cicatrices, maquillage, tatouage), de notre vécu et identité. »
Ce travail appelle à une meilleure reconnaissance du vitiligo dans les champs de la santé mentale et la psychomotricité (approche dite « hollistique », c’est-à-dire qu’elle regroupe toutes les sphères de l’individu : sensorialité, psyché, motricité, social, cognition…). Il met en lumière l’importance d’accompagner les patients dans une reconquête de leur corps, via des approches corporelles, sensorielles et affectives.
Comme le souligne la jeune diplômée : « Le vitiligo paraît modifier durablement la perception que l’on a de son corps. Il faut pouvoir proposer des outils d’accompagnement corporel qui aident à recréer une relation apaisée à soi. »
Cette étude, bien qu’exploratoire, constitue une base inédite et précieuse pour mieux comprendre l’impact invisible du vitiligo sur l’image de soi. Elle confirme ce que de nombreux témoignages avaient déjà suggéré : le vitiligo ne s’arrête pas à la peau. Il touche aussi le cœur, l’estime de soi, la relation aux autres – et mérite, à ce titre, une prise en charge globale et empathique.

Merci encore à toutes les personnes de notre communauté ayant répondu à ce questionnaire. Ce travail contribue à faire avancer la compréhension du vitiligo dans ses dimensions psychiques et sociales – et à rendre visible ce qui ne l’est pas toujours.
Puisque que les « vêtements anti-UV » représentent un bon complément aux crèmes de protection solaire, nous avons interrogé Claudia Galeana, co-fondatrice de Ker Sun, marque spécialisée dans ce domaine. Elle était présente lors de la Journée Mondiale du Vitiligo à Lyon en juin dernier, et nous partage ici son expérience personnelle face à une autre maladie de peau affichante, ainsi que son interaction avec la communauté concernée par le vitiligo.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Suite au diagnostic du lupus, une autre maladie auto-immune affectant la peau, le besoin de se protéger du soleil est devenu central pour vous. En quoi les vêtements ont-ils alors transformé votre rapport au corps, à l’apparence et au regard des autres ?
Je crois que les moments les plus difficiles pour moi ont été les premières années après le diagnostic. Je me sentais un peu perdue et je ne me reconnaissais plus dans la manière dont je devais désormais m’habiller pour me protéger du soleil. Petit à petit, j’ai fini par me contenter de ce que je trouvais : des vestes de golf anti-UV pour marcher en ville, des hauts noirs de surf pour aller à la plage, des leggings de surf pour pouvoir porter une jupe… Finalement, j’ai accepté, ou plutôt je me suis habituée, à une apparence qui ne me correspondait pas, mais c’était la seule solution que j’avais à l’époque.
Quand je suis arrivée en France, tout a changé ! Une autre culture, une autre relation au soleil. Au Mexique, nous avons l’habitude de nous protéger du soleil car il est présent toute l’année. En France, dès que les beaux jours arrivent, les gens se découvrent, s’exposent, profitent des pique-niques, des petits déjeuners en terrasse, à la plage… J’étais à nouveau perdue. La manière dont je m’habillais jusque-là ne fonctionnait plus ici. Je me sentais jugée, observée. Alors pendant quelques années, je préférais rester chez moi quand je le pouvais, et ne sortir qu’après 17h, quand le soleil était moins fort, pour pouvoir porter une robe courte comme les autres.
Au lieu de me réjouir, comme tout le monde, de l’arrivée de l’été, je me sentais déprimée. Cela a duré plusieurs années.
Mais pendant cette période, j’ai rencontré d’autres personnes avec d’autres pathologies ou simplement une peau très sensible, et je me suis rendu compte que nous vivions tous cette situation avec les mêmes émotions. Alors j’ai décidé d’agir, de créer des vêtements pour que nous puissions à nouveau nous sentir en sécurité face au soleil, et surtout nous sentir nous-mêmes, tout simplement.
Au moment de créer Ker Sun, dans quelle mesure des maladies comme le vitiligo ont-elles nourri vos réflexions sur les besoins des personnes concernées ?
Comme expliqué, Ker Sun est né d’un besoin partagé. Il s’agissait d’abord de comprendre dans quels moments les personnes concernées se sentent en insécurité face au soleil, et ensuite d’identifier ce qui peut freiner ou au contraire encourager le port de vêtements anti-UV.
Pour le vitiligo en particulier, il est essentiel de comprendre cette relation complexe à l’exposition solaire : entre le besoin de protéger les zones dépigmentées, plus sensibles, et en même temps l’envie de favoriser la repigmentation.
Cela implique aussi de bien cerner les zones les plus exposées et vulnérables au quotidien, comme les mains, le cou, le décolleté ou le cuir chevelu. Tous ces éléments ont nourri nos réflexions pour concevoir des vêtements à la fois protecteurs, adaptés, mais aussi agréables à porter.
Photo : © Ker Sun

Ker Sun était présent lors de la Journée Mondiale du Vitiligo 2025 à Lyon, une occasion forte de rencontres avec des adhérents de l’AFV sensibilisés aux effets du soleil : qu’avez-vous retenu de ces échanges ? Ont-ils nourri ou confirmé certains engagements de la marque ?
La Journée Mondiale du Vitiligo a été un moment privilégié pour Ker Sun. Elle nous a permis d’échanger directement avec vous, utilisateurs et utilisatrices de nos produits. C’est un réel privilège pour nous de retrouver celles et ceux qui nous suivent depuis le début de l’aventure, mais aussi de faire découvrir Ker Sun à des personnes qui ne nous connaissaient pas encore et qui ne trouvent pas de solutions adaptées à leur quotidien.
C’est un moment unique pour répondre à vos questions techniques sur nos vêtements, vous montrer concrètement comment fonctionnent les astuces de protection, mais surtout pour écouter vos idées, vos suggestions, vos besoins… qui nourrissent directement notre processus de création. Ces échanges renforcent notre engagement à développer des produits réellement utiles, pensés pour vous et avec vous.
Photo : stands partenaires lors de la Journée Mondiale du Vitiligo 2025

Merci à notre partenaire Ker Sun pour leur présence et leur participation souriante et sympathique à la Journée Mondiale du Vitiligo, qui a accueilli les participants sur son stand avec beaucoup de bienveillance et de professionnalisme. Leur engagement à nos côtés est un véritable soutien pour faire avancer notre cause et nos actions associatives.
À l’occasion des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025, le Pr. Antoine Bertolotti (CHU Saint-Pierre, La Réunion) et le Pr. Julien Seneschal (CHU Bordeaux) ont partagé leur expérience autour de la consultation vitiligo à La Réunion. L’occasion d’évoquer les spécificités d’une exposition solaire intense, et son impact sur l’efficacité des traitements.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Le soleil : entre bienfaits et risques pour la peau
Le soleil est essentiel à notre équilibre : il permet la synthèse de la vitamine D, bénéfique pour les os, l’immunité, et le moral. Mais ses effets sur la peau ne sont pas toujours anodins, notamment à cause des rayons ultraviolets (UV).
Invisible et indolore, l’exposition aux UV se produit souvent à notre insu : en marchant, en conduisant, en prenant un café en terrasse… Et ce, même en hiver, même sous les nuages ou derrière une vitre.
Les UVA, à longue longueur d’onde, pénètrent profondément dans la peau ; ils sont responsables du vieillissement cutané, des taches et rides.
Les UVB, plus agressifs en surface, causent les coups de soleil et peuvent altérer l’ADN des cellules, avec un risque accru de cancer cutané.
Selon la Fédération Internationale de Dermatologie, 80% des dommages causés par les UV seraient accidentels. Une courte exposition (5 à 15 minutes par jour, sur le visage ou les bras) peut être bénéfique mais au-delà, sans protection, elle devient un facteur de risque majeur.
Zones tropicales : une opportunité sous haute surveillance
À La Réunion, l’indice UV est élevé quasiment toute l’année, souvent bien au-delà des niveaux atteints en métropole (où il varie de 0 à 3 en hiver, et jusqu’à 7-9 en été). Une telle intensité rend les zones dépigmentées visibles plus rapidement, même chez les phototypes clairs. Cela peut faciliter le diagnostic… mais aussi augmenter les risques.
Même les peaux foncées peuvent subir des coups de soleil en milieu tropical. Il est donc crucial de trouver le bon équilibre d’exposition.

Le soleil peut être un allié thérapeutique, à condition qu’il soit bien utilisé. Il joue un rôle dans la photothérapie, souvent associée aux traitements du vitiligo. Que ce soit en cabine UV ou à travers une exposition naturelle contrôlée, l’objectif est d’obtenir une légère rougeur sans brûlure, pour stimuler la repigmentation.
Au CHU Site Sud Saint-Pierre, plusieurs protocoles thérapeutiques combinent traitements médicamenteux et exposition solaire, avec des résultats encourageants :
- Un protocole associant Tacrolimus, corticoïdes le week-end et exposition au soleil a permis de réduire de 40% la surface du vitiligo, et les résultats sont encore meilleurs dans les 24 mois suivant l’apparition de la maladie ;
- Une autre combinaison, mêlant la molécule « Baricitinib » et exposition solaire, a entraîné une réduction de 25 à 30% de la surface atteinte.
Ces résultats (dont les détails ont été donnés dans la vidéo ci-contre lors de la conférence tenue lors des Rencontres Annuelles du Vitiligo 2025) montrent que vivre dans une zone à fort ensoleillement, avec un accompagnement médical adapté, peut améliorer significativement l’efficacité des traitements du vitiligo.
Le soleil peut donc devenir un outil précieux dans la prise en charge du vitiligo. À condition, toujours, d’être bien informé, bien accompagné, et de ne jamais négliger les risques liés aux UV.
La Journée Mondiale du Vitiligo a été organisée cette année à Lyon, pour la première fois dans cette ville, avec une attention particulière portée aux jeunes enfants, aux adolescents, et à la santé mentale. Plus de 100 personnes étaient présentes : malades, adhérents et non adhérents, parents, enfants, psychologues, médecins, chercheurs, laboratoires, et partenaires fidèles.
Une journée riche en émotions, en bienveillance, en humanité dans les échanges, avec du réconfort, du soutien mutuel, des informations, des sourires… et surtout des espoirs qui deviennent réalité. Nous vous en partageons les moments forts dans cet article !
© Copyright : Association Française du Vitiligo

Une attention politique et institutionnelle renouvelée
Placée sous le Haut patronage du ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, la journée a été ouverte par le ministre Yannick Neuder lui-même, via un message vidéo. Il y exprime son soutien fort et encourageant, et sa volonté que le « vitiligo soit mieux reconnu… et pleinement intégré » dans les politiques de santé.
Madame Céline de Laurens, adjointe au Maire de Lyon, chargée de la Santé, de la Prévention et de la Santé environnementale, a également exprimé le soutien de la Ville et de la région, en ouvrant la journée par un mot d’accueil.
Informations médicales, tables rondes et ateliers
Tout au long de la journée, tables rondes, groupes de parole, séances plénières, ateliers maquillage et temps d’échanges se sont succédé.
Le Dr Cécile Lesort et le Dr Flora Bagouet (Hôpital Edouard Herriot – HCL Lyon) ont présenté les avancées de la recherche et des traitements, et partagé de nombreux éléments porteurs d’espoir, notamment l’arrivée de nouveaux médicaments. Elles ont également souligné l’importance du rôle des patients dans les essais cliniques. Leur présentation a été suivie d’un temps d’échange en questions/réponses avec les participants.
Le Dr Mickael Worms Ehrminger, docteur en santé publique, a animé une intervention sur l’éducation thérapeutique, qui a rassemblé de nombreux participants. Il a évoqué les besoins des malades en termes d’information (diagnostic, évolution, traitement), l’impact du vitiligo sur la qualité de vie et sur la santé mentale, et le manque d’accompagnement psychologique, trop souvent ignoré pour le vitiligo comme pour les autres maladies dermatologiques. Il a aussi insisté sur la nécessité d’une meilleure formation des jeunes médecins sur ces sujets.


Ateliers pratiques et échanges conviviaux
L’atelier maquillage organisé par Shiseido, a rencontré un succès incontestable auprès des participants. Très demandé, il a permis aux participantes de découvrir un nouveau produit de correction, d’échanger avec des professionnels, dans une ambiance accueillante, bienveillante et professionnelle. Comme toujours, nos partenaires ont offert conseils, démonstrations et informations sans compter.


Les stands de nos partenaires fidèles ACM, Glisodin, Isispharma, KerSun et Shiseido étaient également présents tout au long de la journée, disponibles pour répondre aux questions, présenter et offrir leurs produits dédiés au vitiligo.
Par ailleurs, l’atelier Paroles de jeunes a permis d’entendre des mots puissants et touchants. Quelques phrases marquantes, entendues lors de cet échange :
« Mes taches c’est comme des petites formes. Il y en a qui ont des formes d’animaux ou de cœurs. C’est comme ça que je vois si elles ont changé ou pas. »
« Mon vitiligo m’a rendue créative. »
« J’aime la tâche au niveau de mon front parce que ça ressemble à un arbre qui pousse, je trouve ça trop beau. »
« Avant je voulais être chercheur en physique, mais depuis que j’ai le vitiligo je veux devenir chercheur pour trouver des traitements et des médicaments. »
Vitiligo et enfance : accompagner, sécuriser, écouter
Une table ronde spécifique a été consacrée à l’accompagnement médical et psychologique de l’enfant atteint de vitiligo. Elle réunissait le Pr Khaled Ezzedine (en visio), le Dr Anne-Laure Souillet (dermatologue), la psychologue Pauline Vabre, et le Dr Worms Ehrminger.
Cette discussion a souligné l’importance de la place de l’enfant au sein de la famille – fratrie, parents – et les risques d’une anxiété parentale excessive, exprimée notamment lors de l’atelier Parents. Cette inquiétude, bien que légitime, peut être préjudiciable au développement de l’enfant.
Un environnement affectif sécurisé est nécessaire et essentiel : lui donner confiance, mettre en valeur ses talents, l’écouter et surtout lui donner la parole, l’accompagner notamment en matière de traitements, lui laisser le choix.


Atelier enfants/adolescents : une vraie leçon de résilience
C’est sans doute dans l’atelier Enfants/Adolescents que se sont révélés les meilleurs leviers de résilience. Démarré dans la timidité pour certains, l’atelier a permis à une dizaine d’enfants de s’exprimer librement, grâce notamment à la lecture du livre Léo s’efface, présenté ce jour-là et dont nous vous reparlerons en septembre.

Par le dessin, la parole, leurs mots simples, les enfants ont raconté leur vie avec le vitiligo : à l’école, avec leurs amis, à la maison. Un moment fort, pour eux comme pour les adultes présents.
« Je pourrai faire 10 heures de voiture pour revenir l’année prochaine ! » a lancé une jeune participante, comme un mot de la fin plein d’élan et de joie.
Une journée mondiale, une cause internationale
Depuis plus de 10 ans, la Journée Mondiale du Vitiligo est célébrée partout dans le monde, avec des événements toujours plus spectaculaires : manifestations sportives, concerts, conférences, témoignages.
Jean-Marie Meurant a rappelé l’histoire de cette journée et le rôle crucial de l’international, notamment à travers l’action de VIPOC, le comité international des organisations de patients du vitiligo.
Dans ce cadre, sur l’initiative et avec la réalisation de l’AFV, les membres de VIPOC (dont l’AFV) ont réalisé une vidéo collective – publiée sur notre compte Instagram – appelant au retour de la Journée Mondiale du Vitiligo dans le calendrier officiel de l’ONU. Cette vidéo a été projetée lors de la journée à Lyon.
À l’occasion de la Journée Mondiale du Vitiligo, célébrée chaque année le 25 juin, le Ministre délégué à la Santé et à l’Accès aux soins, Yannick Neuder, a tenu à adresser un message vidéo aux personnes concernées par le vitiligo. Diffusé lors de la Journée Mondiale du Vitiligo organisée le 28 juin dernier à Lyon, placée sous son patronage, ce message clôt symboliquement un mois riche en actions et en mobilisation. L’Association Française du Vitiligo est aujourd’hui fière de le partager avec toutes et tous !
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Un message de soutien et de reconnaissance
Dans cette vidéo de quatre minutes, le Ministre s’adresse directement aux membres de l’association, aux professionnels de santé, aux élus, et à toutes les personnes concernées. Une prise de parole symbolique, soutenant la lutte contre les préjugés et la pleine reconnaissance de cette maladie dans les politiques de santé.
“Cette journée est si importante pour faire connaître le vitiligo, pour valoriser les progrès de la recherche, pour enfin briser les tabous et surtout pour rappeler que derrière chaque tâche de dépigmentation il y a une personne avec ses forces, ses fragilités, ses attentes et sa dignité.”
Le Ministre remercie chaleureusement l’AFV pour son “engagement constant” et nos différentes actions de soutien et d’accompagnement : « Vous faites avancer non seulement la connaissance et la prise en charge de votre maladie, mais aussi la société tout entière pour qu’elle soit demain toujours plus ouverte, plus diverse et plus tolérante. »
Mobilisée depuis trente-quatre ans, l’Association Française du Vitiligo participe aux actions du Collectif Vitiligo, collectif pluridisciplinaire qui s’est engagé à ses côtés depuis maintenant deux ans sur le sujet.
Mettre fin à l’invisibilité du vitiligo
Yannick Neuder rappelle que le vitiligo est une maladie auto-immune chronique, dont les manifestations visibles sur la peau sont paradoxalement encore invisibles dans le débat public : “Cette visibilité s’accompagne paradoxalement trop souvent d’une certaine invisibilité dans la représentation collective, dans le débat public ou même dans les politiques de santé.”
Il souligne également que, bien que le vitiligo touche 1 à 2% de la population, les personnes concernées doivent encore faire face à des idées reçues, des préjugés, voire des discriminations. Le Ministre précise que « le vitiligo nous rappelle ainsi à quel point l’image de soi et celle que nous renvoie les autres et la société peuvent impacter la qualité de vie. »
La santé mentale étant la grande cause nationale 2025, Yannick Neuder assure qu’il est impératif de « porter une ambition forte, mieux repérer, mieux accompagner, mieux traiter, mais aussi et surtout lutter contre la stigmatisation qui touche tant de personnes vivant avec un trouble psychique ou bien avec une pathologie qui les expose au regard des autres ».
Un message porteur d’espoir et de perspectives encourageantes pour faire progresser les politiques publiques en faveur des personnes atteintes de vitiligo.
Encore mal connu, mal compris, et toujours largement stigmatisé, le vitiligo impacte profondément la vie sociale et mentale des jeunes patients. Une infographie récemment publiée par Le Quotidien du Médecin, journal de référence de la presse médicale, à l’occasion de la Journée Mondiale du Vitiligo 2025, alerte sur l’ampleur du phénomène et rappelle l’importance d’un diagnostic précoce et d’un accompagnement adapté.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Des chiffres préoccupants, un mal-être silencieux
En France, 1 million de personnes vivent avec le vitiligo(3). Mais chez les jeunes de 12 à 25 ans, la maladie reste largement méconnue : seuls 30% déclarent en avoir déjà entendu parler(3). Ce manque d’information alimente les peurs et les fausses croyances : 31% des jeunes pensent encore que le vitiligo est contagieux(3), alors qu’il ne l’est pas.

Ce déficit de connaissance se traduit par des conséquences concrètes :
- 76% des jeunes de 12 à 25 ans, estiment que le regard de la société sur les personnes atteintes de vitiligo nuit à leur santé mentale(3),
- 60% des jeunes patients déclarent vivre des répercussions sociales ou psychologiques au quotidien,
- 45% se sont sentis rejetés(4),
- et seuls 38% des collégiens accepteraient d’interagir avec une personne atteinte de vitiligo(3).
Autant d’éléments qui contribuent à l’isolement, au harcèlement, et à une détérioration de la santé mentale des jeunes concernés. Rappelons que parmi les maladies de peau affichantes, le vitiligo est reconnu comme l’une des affections cutanées ayant l’impact psychosocial le plus important(1, 2).

Accès aux soins, errance diagnostique, idées reçues : il faut agir tôt
Au-delà du regard social, c’est aussi le parcours de soins qui pose problème. En Europe, le délai moyen avant d’obtenir un diagnostic est de 2,5 ans(6) ! Et une fois le diagnostic posé, 75% des patients affirment avoir déjà entendu qu’il n’existait aucun traitement(5) – ce qui est faux : des solutions existent, bien que variables selon les profils.
Cette réalité souligne l’importance de former les professionnels de santé, d’informer le grand public, et de mieux orienter les patients dès les premiers signes. Comme le rappelle le message principal de l’infographie, destiné au corps médical : “Adresser tôt au dermatologue, c’est alléger le fardeau.”
Ce tableau alarmant, porté par plusieurs études récentes, invite à un changement de regard et de pratiques. Sensibiliser, diagnostiquer tôt, accompagner : trois leviers pour que les jeunes atteints de vitiligo puissent avancer dans leur vie avec confiance, et non avec honte.

Références et sources :
1) Passeron et al. 2023 EADV- Abstract Prevalence of vitiligo, Impact on quality of life and Social stigmatization : results of the first large international survey – consulté le 26 mai 2025 • 2) Passeron et al. 2024 IMCAS Pigmentary disorders, prevalence, impact of life, social stigmatization : results of first large international survey consulté le 26 mai 2025 • 3) Voir notre article https://www.afvitiligo.com/2024/03/11/vitiligo-chez-les-jeunes-resultats-etude-eclairante/ • 4) « CHANGER DE REGARD SUR LES DERMATOSES VISIBLES ». Groupe Pierre Fabre – https://static.pierre-fabre.com/corpo/sites/pierre-fabre.com/files/2022-07/Visible%20diseases%20of%20 the%20skin%20VDS%20FR.pdf • 5) Étude VALIANT Study, Vitiligo and Life Impact Among International Communities (2023) • 6) Rewriting The Vitiligo Patient Experience: The Vitiligo White Paper (2025) – VIPOC.
À l’occasion des festivals We Love Green et Yardland cet été 2025, l’AFV a dévoilé une vidéo musicale marquante et esthétique pour déconstruire les préjugés liés au vitiligo. Un film audacieux, sensible et inclusif, conçu pour toucher un large public, notamment les jeunes.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Un regard fort pour changer les regards
Le vitiligo est une maladie de peau visible. Et comme pour de nombreuses maladies dermatologiques, c’est souvent le regard des autres qui pèse le plus lourd. C’est ce constat, vécu par de nombreuses personnes concernées, qui a inspiré une campagne à la fois puissante et intime, portée par l’Association Française du Vitiligo, en partenariat avec l’agence Extreme Society.
Réalisée à l’occasion des festivals We Love Green et Yardland, cette campagne met en scène un clip visuellement fort, inspiré du célèbre morceau « You Are My High » de Demon. La société de production La Baronne signe un film qui reprend les codes esthétiques du clip culte tout en leur donnant un sens contemporain, inclusif et profondément humain :
“Le vitiligo marque la peau, les préjugés marquent l’esprit”
Au centre du film, deux personnes s’embrassent en gros plan, dans un geste simple et intense. Une image forte, accompagnée de messages clairs et percutants : “Le vitiligo n’est pas contagieux. L’amour, oui.” “One Skin, One Love.”

Le résultat est d’une grande intensité émotionnelle, et dépasse les codes habituels de la sensibilisation. Ici, pas de discours médical : une narration sensorielle, esthétique, universelle, qui célèbre la diversité des corps et l’unicité des peaux. Le film interpelle, bouleverse, et invite à repenser la façon dont on regarde les autres. « Le vitiligo marque la peau, les préjugés marquent l’esprit ».
Cette campagne s’inscrit pleinement dans la mission de l’AFV : changer le regard sur le vitiligo, informer, et contribuer à une société plus inclusive. À travers ce film, c’est un message d’amour, de fierté et de liberté qui est envoyé à toutes celles et ceux qui vivent avec une peau différente.
Nous avons récemment reçu un témoignage touchant par email, empreint de résilience et de positivité, de la part d’un étudiant en Histoire en Tunisie. Avec l’accord de son auteur, nous souhaitons le partager avec vous.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Le poids du regard, au quotidien
Ahmed a découvert les premières taches de vitiligo en 2015, sur les mains et le dos. Très vite, il se confronte à un flot de fausses croyances : “On me disait que c’était à cause des fritures que je consommais trop, ou encore qu’un lézard aurait marché sur ma peau pendant mon sommeil.” Un reflet des idées reçues encore trop présentes, loin de toute base scientifique.
Mais plus que les mots, ce sont les regards qui marquent, même celui des enfants parfois, innocent mais dérangeant malgré tout. “Le vitiligo n’est pas qu’un simple changement de pigmentation. C’est aussi un rapport quotidien avec le regard de l’autre.” Dans la rue, au marché, ou face à un inconnu, Ahmed fait souvent face à l’incompréhension, la gêne, parfois même la peur… “Un jour, un vendeur de légumes a refusé de prendre l’argent directement de ma main.” Depuis, il a adapté ses gestes : “Je ne tends plus la main en premier. Pas par peur, mais pour éviter la gêne de voir l’autre reculer.”
Le vitiligo peut aussi devenir un frein professionnel. Dans des métiers de contact, certaines réactions peuvent pousser à l’autocensure. “Cela nous pousse parfois à revoir nos rêves à la baisse, juste pour éviter le rejet.”
Se construire malgré tout, et grâce à ça
Heureusement, Ahmed a trouvé un espace de bienveillance au lycée et à l’université, des lieux où il peut s’épanouir pleinement : “Les gens me considèrent pour mes idées, pas pour mon apparence.” Il y trouve du respect et du soutien de la part de ses camarades et professeurs qu’il “remercie du fond du cœur.” “L’an dernier, j’ai terminé premier de ma promotion. Je pense que cela vient en partie de ma volonté de prouver que j’étais capable, comme tout le monde.” Bravo à lui, on lui souhaite le meilleur !

Aujourd’hui, Ahmed voit son vitiligo comme une part de lui-même, de son identité : “Je n’en souhaite plus la disparition. Il m’a apporté une force intérieure.” Il ne demande pas la pitié, mais simplement “un regard humain, sincère.”
Et à ceux qui vivent les premiers instants de la maladie, il adresse un message puissant :
“Ce n’est pas une fin. C’est un nouveau départ. Le vitiligo peut révéler des forces en vous que vous ne soupçonniez même pas. Vous étudierez, vous travaillerez, vous aimerez. Rien ne vous arrêtera.
Votre personnalité ne se résume pas à votre peau. Vous êtes une belle personne. Levez-vous, construisez votre monde, et surtout, ne vous isolez pas. Faites en sorte que vos réussites parlent pour vous.”
Poids, style, cheveux, maquillage… Les discriminations liées à l’apparence restent une réalité dans le monde professionnel. Le vitiligo, comme d’autres maladies de peau visibles, n’échappe pas à ces jugements. L’AFV rappelle l’importance d’un engagement concret des entreprises pour plus d’inclusion.
© Copyright : Association Française du Vitiligo
Des discriminations toujours trop présentes
Le Groupe APICIL, vient de publier la cinquième édition de son baromètre « Les Français et l’inclusion », en partenariat avec OpinionWay. Cette année, l’étude se concentre sur les discriminations liées à l’apparence physique en entreprise. Les résultats sont sans appel : ces discriminations sont fréquentes, souvent ignorées, et rarement prises en compte de manière sérieuse par les employeurs.
Parmi les chiffres marquants :
- 1 salarié sur 3 a déjà modifié son apparence après une remarque au travail,
- Chez les 18-24 ans, ce chiffre grimpe à 44%,
- 32% des actifs ont été témoins de discrimination liée à l’apparence,
- 25% en ont personnellement été victimes.

Ces comportements concernent tous types de différences : poids, style vestimentaire, coiffure… et aussi, même si c’est rarement nommé, l’apparence de la peau, comme c’est le cas pour le vitiligo.
Le vitiligo aussi concerné
Bien qu’il soit rarement mentionné explicitement dans ce type d’étude, le vitiligo est une maladie visible, souvent mal connue, parfois mal perçue. Pour de nombreuses personnes concernées, exposer sa peau dans un cadre professionnel peut devenir une source de stress, voire de mise à l’écart. Le baromètre pointe un recul général du sentiment d’inclusion : seuls 58% des Français jugent la société inclusive (en baisse de 5 points, et un recul plus fort particulièrement chez les jeunes de 18 à 24 ans, avec une diminution de 14 points), et seulement 30% des salariés estiment que leur entreprise agit réellement contre les discriminations liées à l’apparence. C’est insuffisant.
Comme le rappelle le Groupe APICIL, l’inclusion ne doit pas être un slogan. Elle doit se traduire par des politiques concrètes : formation des équipes RH, sensibilisation des managers, valorisation de la diversité des profils et des apparences.

L’Association Française du Vitiligo s’associe à cet appel à plus de vigilance. Trop souvent, les personnes atteintes de vitiligo se sentent obligées de dissimuler leur peau pour éviter les jugements. Cela ne devrait plus exister en 2025 ! L’inclusion passe aussi par la normalisation des peaux différentes. Et cela commence par une meilleure information, des témoignages visibles, et une action résolue de tous les acteurs : entreprises, pouvoirs publics, associations.