La traversée du Canada de Farha

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La traversée du Canada de Farha

Farha Hafsaoui a traversé le Canada à vélo pour sensibiliser les populations au vitiligo

paysage canada vitiligoFarha traversee verlo Canada

Qui ne rêverait pas de partir en voyage pour une aventure humaine hors du commun ? Farha l’a fait, et avec un objectif bien précis : mieux faire connaître le vitiligo, de l’autre côté de l’Atlantique ! Vous aviez peut-être suivi sa traversée du Canada, nous vous proposons aujourd’hui de revenir sur ce périple, qui est aussi une belle histoire remplie de rencontres, d’anecdotes, de quelques frayeurs mais surtout de joies : Farha a accepté de répondre à nos questions...

farah et son velo

 

 

 

 

AFV : Bonjour Farha ! Tu as décidé de t'embarquer dans une aventure folle de l'autre côté de l'Atlantique : traverser le Canada d'est en ouest en vélo, au nom du vitiligo ! Comment te sens-tu maintenant que tu es de retour en France ?

Farha : D’abord je tiens à vous remercier pour votre soutien et vos encouragements. Ils m’ont été précieux, et cela m’a rendue encore plus déterminée à sensibiliser les gens sur le vitiligo ! Oui c’est une aventure folle, et je vous suis reconnaissante, et là je salue particulièrement le président de l’Association Française du Vitiligo, Jean-Marie Meurant, de m’avoir prise au sérieux depuis le tout début !

Au départ, en octobre 2014, entre deux CDD, je m’apprêtais à rejoindre sur la route le tour d’Europe de la fille de ma meilleure amie et son copain, mais leur aventure s’est prématurément arrêtée car ils étaient épuisés. Je continuais de mon côté à opérer ma reconversion professionnelle, et à accumuler de la frustration, puisque je n’étais « jamais assez » ou « toujours trop » (trop vieille, trop qualifiée, peu d’expérience dans le milieu aéronautique, etc.). J’ai réussi le concours de l’Ecole Nationale d’Aviation Civile pour me former en contrat pro, mais aucune entreprise de France et de Navarre ne voulait de moi, donc je restais lamentablement au point mort. Je me suis même fait dire que mon « CV ne valait rien ! »... Au final, j’étais moralement épuisée et je ne savais plus ce que je pouvais valoir professionnellement, et je me demandais même ce que je valais tout court. Je voyais le verre à moitié vide : médicalement obèse, une femme, d’origine maghrébine, et perdue professionnellement et peut-être perdue tout court.

De là je n’avais plus rien à perdre alors fou pour fou, j’ai décidé de traverser le Canada d’ouest en est… et à vélo ! Allez Hop ! Cela m’a donné un objectif qui pour une fois ne dépendait que de moi, de ma capacité mentale, de ma capacité physique ! Je savais que je pouvais le faire ! Même si j’avais dû ramper à la fin. J’étais déterminée !!

Je crois fermement aussi que lorsqu’on fait quelque chose d’extra-ordinaire comme ça, c’est une très belle occasion de donner de la visibilité à une cause qui en vaut la peine. Alors je cherchais ce qui m’interpellait sur la toile, et alors que je tapais sur mon clavier je regardais mes mains, et je me suis dit : « VITLIGO » ! En effet, cela fait 23 ans que je l’ai et je n’y pense de manière consciente que très rarement, et là c’était un beau déclic. J’ai commencé mes recherches. Je suis tombée de ma chaise lorsque j’ai découvert l’Association Française du Vitiligo !

Comment est-ce que je ne l’avais pas su avant !? Et puis j’ai vu des photos de mains comme les miennes ! A ce moment-là un immense sentiment de reconnaissance m’a terrassée !

Puis, je me suis inscrite en tant que membre de l’AFV, et je leur ai parlé de mon intention. Je n’ai demandé aucune commandite à l’AFV parce que je considérais que servir la cause du vitiligo, était ma mission et en aucun cas un prix à payer par l’AFV.

De là j’ai utilisé tous mes acquis et j’ai constitué un plan marketing, recherché des sponsors, fait parlé de moi dans les médias. Tout cela m’a permis de me fournir du matériel pro, un bon vélo, et faire mon aventure. Même l’AFV a tenu, contre toute attente, à participer, j’ai été très touchée.

J’avais repris un CDD dans la même entreprise que précédemment, alors j’en profitais aussi pour faire mes distances à vélo et les doubler. Je faisais 25 km pour aller travailler, et 25 km pour rentrer. J’ai adoré ces moments de cyclo-méditation le matin, et de cyclo-je-mets-la-journée-derrière-moi le soir, alors même que je travaillais en heures décalées et pouvais commencer ou finir dans la nuit.

Puis, j’ai eu un accident !!! Le 7 mars, en allant travailler, il pleuvait beaucoup et la roue avant de mon vélo a dérapé en freinant. Le guidon m’est rentrée dedans et j’ai eu la côte n°7 fêlée ! J’ai été donc en accident du travail avec l’impossibilité de faire quoi que ce soit, ni même tousser, et me lever du lit était tellement douloureux que je restais quasiment immobile sur mon lit, et même là j’avais mal en respirant. Le docteur m’avait dit que cela prendrait au minimum de 6 à 8 semaines pour m’en remettre et que cela pouvait prendre plus longtemps. Je lui ai dit que je ferai tout ce qu’il fallait pour que je commence mon aventure le 16 mai comme prévu ! J’avais des anti-douleurs, cela m’a aidée à me rendre aux rencontres annuelles du vitiligo organisées par l’AFV avec autorisation de mon médecin.

Ces rencontres annuelles sont véritablement immanquables !! J’ai tellement appris sur le vitiligo, rencontré des chercheurs, artistes, et autres professionnels autour du vitiligo. J’ai été émue par l’intervention Du Dr Turpul, fondatrice et présidente de l’association indienne du vitiligo « Shweta ».

Puis, cela a été beaucoup de repos. Et j’ai profité de ce repos pour créer mon site Internet, commencer mon blog, et faire beaucoup de recherches sur les routes empruntées, le matériel nécessaire, et autres témoignages qui m’aideraient à anticiper.

J’arrive à Vancouver, l’ouest canadien le 14 mai. Ma côte me fait mal juste lorsque je prends de grosses respirations et si je dors sur le côté de ma côte fêlée, mais c’est tenable. Le 14 je récupère ma remorque, et autre matériel de camping. Le 15 je fais plus de 100km pour me rendre à Victoria, sur l’île de Vancouver, encore plus à l’ouest (sans jeu de mots hihihi !).

16 mai : le Jour J est arrivé ! Je me suis sentie humble mais déterminée ! Je me rends au monument « mile 0 » de Victoria et ça y est l’aventure est lancée !

Mon aventure a duré 101 jours. J’ai rejoint le monument « mile 0 » de St Jean de la province de Terre Neuve (St John’s en anglais, de la province de Newfoundland) le 25 août après presque 7000km, traversant 11 provinces dont 3 États américains, roulé au travers de 6 fuseaux horaires. J’ai croisé 3 ours noirs, fait face à un gros grizzly, j’ai été poursuivie par un coyote, agressée par un oiseau, bouffée par des taons, escortée par une voiture au travers d'une meute de loups/coyotes noirs. Et j’ai aussi rempli assidûment ma mission avec plus d'une vingtaine de journaux, radio, bulletins d'information confondus se sont fait l'écho de ma sensibilisation auprès du publique sur le vitiligo

Ces 101 jours ont été magnifiques !

 

AFV : Peux-tu nous rappeler les grands moments de ton voyage ?

Farha : Pour moi les moments forts sont principalement les rencontres avec les gens. Et c’est 101 jours de belles rencontres, de rencontres extraordinaires. En traversant le Canada, j’ai autant appris sur les gens, les différentes cultures que l’histoire, la géographie du Canada. Mais, après ces 101 jours, d’abord, de rencontres magnifiques, et ensuite la beauté et parfois la magie des paysages. Il y a un véritable moment d’éternité lorsque je pédalais au seul son de mon souffle et entourée par les paysages naturels surveillés par des cieux magnifiques !

Maintenant, s’il y avait des dates à retenir, je dirais qu’elles sont les suivantes, mais une fois de plus, avant ces dates, il s’agit de rencontres et de moment indescriptibles au milieu de cette Nature !

  • 7 mars (J-71) : Côte no 7 fêlée ! 8 semaines de guérison minimum !
  • 13 mars : 1er article dans le journal (la Dépêche)
  • 14 mars : journée des rencontres annuelles, organisée par l’Association Française du Vitiligo
  • 22 avril 2015 : date officielle de la création de l’association à but non lucratif (loi 1901) « Farha Biking Across Canada » qui a pour but d'attirer l'attention sur le vitiligo, encourager la recherche, et diffuser un message positif et de courage à travers mon défi de traverser le Canada d'ouest en est à vélo
  • 26 avril : test grandeur nature dans la campagne française après 90 km de vélo (orage, pluie et vent) (toujours mal à ma côte !!!)
  • 16 mai : Jour J : l’aventure commence ! (toujours en rémission de ma côte fêlée)
  • 27 mai : bénévolat à Cache Creek qui vient tout juste d’avoir une inondation éclaire
  • 4 juin : premier ours noir rencontré ! (sur 3 au total)
  • 5 juin : 1er fuseau horaire traversé (sur 6 au total)
  • 9 juin : première province, la Colombie-Britannique traversée ! la fin des Rocheuses est toute proche !
  • 11 juin : première fois que je fais face à un grizzly !
  • 1 juillet : j’arrive à Winnipeg et je revois mes amis d’université qui étaient venue en échange en France ! En plus c’est la fête nationale du Canada !
  • 6 juillet : j’entre aux Etats-Unis pour contourner le Lac Supérieur par le Sud
  • 20 juillet : je suis de retour sur la route canadienne
  • 2 août : je visite la capitale du Canada et son parlement, 30 minutes avant la visite le Premier Ministre qui a annoncé la dissolution du Parlement et donc le lancement officiel de la campagne électorale.
  • 26 juillet : c’est mon anniversaire et je suis en train de traverser plusieurs jours de canicule !! J’en traverserai une deuxième au Nouveau-Brunswick
  • 8 août 2015 : j’arrive à Québec la capitale de la province francophone du même nom.
  • 16 août : ça fait exactement 3 mois et 5 849,28 km (3 634,574 miles) que j'ai commencé la traversée du Canada en vélo. Mon message au sujet du vitiligo est passé à la radio, dans les journaux et à la télévision.
  • 19 aôut : je pars très tôt pour anticiper sur une très longue distance avec un arrêt pour parler aux journalistes. J’ai pédalé 2h et demi dans le noir accompagné de brouillard qui étouffe tous les bruits à la seule lampe de mon vélo et de ma lampe frontale. J’ai eu le sentiment de traverser l’enfer !
  • Le 20 août : on parle de mon action pour le vitiligo jusque sur les ondes de l’île du Prince Edouard !
  • 21 août : ma chaîne de vélo se brise au milieu de nulle part
  • 22 août : ma roue arrière se brise au milieu de nulle part
  • 23 août : mon changement de vitesse est brisé et rafistolé pour me permettre au moins d’accomplir mes derniers 200 kilomètres !
  • 24 août : j’accoste sur ma dernière province : Terre Neuve à 10h45 et je donne TOUT pour finir mes 138 km et atteindre le monument mile 0 à St John’s avant la tombée de la nuit. La roue de ma remorque est dégonflée, mes vitesses ont du mal à passer, je bricole tout ça, j’ai un vent de face entre 17 et 25 km heures, aucun service sur les 100 derniers km, deux fois j’ai traversé du brouillard où je ne voyais pas à 20 mètres, et je réalise que mon compteur de vélo est faux il indique 6km/h ou 0km/h quand je suis à fond. Donc je sais que le kilométrage total ne reflétera pas celui parcouru ! Grrrr !
  • 24 août 19h30 : Monument « mile 0 » ! J’ai relié la côte ouest à la côte est, le pacifique à l’atlantique ! Mission accomplie !

 

 AFV : Peux-tu nous dire ce qui t'a poussé à te lancer, quelles ont été tes motivations ?

Farha : Rien ni personne ne m’a poussée à me lancer, je me suis poussée toute seule hahaha ! Mes motivations étaient de repousser mes limites, me dépasser, de profiter de chaque instant sur la route pour apprendre, rencontrer des gens, apprécier la chance que j’ai de faire cette aventure, de comprendre que j’ai de la valeur, de récupérer ma confiance en moi, et de développer un sentiment d’accomplissement personnel qui me servira de ressource dans les moments difficiles. Alors j’ai vécu cette aventure aussi bien sur le plan physique, que spirituel.

Et je voulais avoir un impact significatif pour une cause qui me tient à cœur, toujours pour être contente de moi et contribuer à ma façon positivement et avec amour.

 

AFV : Pourquoi le Canada ?

Farha : Pourquoi pas ? L’avantage du Canada est que c’est un grand pays qui parle les mêmes langues que moi (l’anglais principalement, et le français à certains endroits), je suis bilingue en plus du mandarin, et de l’espagnol et italien qui demandent à être rafraîchis. Le terrain est aussi varié que les plaines du Saskatchewan, aux montagnes des Rocheuses, en passant par les bords du fleuve magnifique du Saint-Laurent, les forêts de l’Ontario, et du désert Canadien en Colombie Britannique, au climat extrêmement humide et brumeux de Terre Neuve. C’est un pays jeunes qui s’est construit avec l’immigration, c’est un pays ouvert, dynamique, accueillant, positif !

Il faut dire que j’ai travaillé avec plaisir pendant plusieurs années pour le gouvernement Québécois à Hong Kong et je défendais donc en quelque sorte les valeurs Québécoises et canadiennes. J’ai aussi étudié en échange un an à l‘université anglophone de McGill à Montréal dans la faculté d’Art et de Management. Puis j’ai aussi travaillé pour un cabinet d’avocats à Montréal. Donc j’avais une petite attirance pour le Canada on va dire. Lorsque j’ai rapproché la population du Canada à celle atteinte du vitiligo dans le monde qui sont identiques, cela m’a renforcée dans ma conviction que le Canada était un beau défi pour moi et la cause du vitiligo.

 

AFV : Quel a été l'accueil des Canadiens que tu as croisés ?

Farha : Incroyablement ouverts, aidants, chaleureux, directs et respectueux,  je me suis fait des amis avec qui je garde contact encore maintenant. Parfois je me dit que c’était des rencontres magiques, comme ce couple d’enseignants qui m’offre de m’héberger et me nourrir pendant 4 jours à Calgary ; Plus tard, en discutant autour d’un bon repas j’apprenais qu’ils se rendraient quelques jours après à Toulouse en France pour leur vacances ! J’ai appris qu’elle a découvert à Toulouse qu’elle était enceinte !

Le plus incroyable a été lorsqu’au milieu de nulle part, je m’arrête pour snacker. Il y avait une petite station essence et, en face était monté un village indien pour montrer aux touristes la manière dont vivaient les indiens dans le passé. J’y fais une pause.

Ce village n’ouvrait qu’un mois plus tard, et j’y ai vu un monsieur âgé à qui j’ai proposé des Doritos. Il s’est avéré qu’il a été chef indien pendant 14 ans, et pour sa retraite était en charge de ce village. Il m’a raconté plusieurs histoires indiennes que je pouvais mettre en parallèle aux histoires que je lisais le long de la route près de lieux historiques. Comme cette histoire où, il y a plus de cent ans tous les clans indiens se sont regroupés autour de la rivière bouchée par l’effondrement de la roche. Les Indiens, ont passé cette saison-là à aider les saumons à rejoindre l’amont de la rivière en les attrapant devant la roche qui bouchait leur remontée, et en les relâchant de l’autre côté de la roche. Car c’est le seul passage par lequel le saumon passe, et cela permettait au saumon de continuer son cycle de vie, et l’éco-système de continuer à être en équilibre. J’avais appris que les Canadiens appelaient ce lieu Hells Gate, le long duquel ils ont construit le chemin de fer canadien. Cet ancien chef indien me parle également de Lytton, village, où il y a plusieurs centaines d’années, tous les chefs indiens se réunissaient. Il me dit que c’est juste avant ma destination Cache Creek. Curieuse, je décide de faire une petite route jusqu’à Lytton, plutôt qu’une plus longue jusqu’à Cache Creek. J’ai voulu voir ce village où se réunissaient tous ces chefs de clans. De la j’ai été sensibilisée plus profondément à l’histoire canadienne. J’ai vu l’œuvre de la dernière femme indienne qui savait tisser des paniers magnifiques, j’ai fait de belles rencontres aussi. Puis ce même jour où j’apprenais qu’une inondation éclair avait ravagé Cache Creek où j’aurais dû me rendre.

130 personnes ont perdu leur maison et leur commerce, en 15 minutes !

Et si je n’avais pas fait cette rencontre avec cet ancien chef indien…

De là je décide de me rendre dès le lendemain à Cache Creek et d’aider tout ce que je peux pendant un jour complet. En arrivant, je me rends au centre communautaire où il y a le Maire, les assurances, les pompiers, la police, la Croix Rouge. Je m’inscris sur une liste de volontaires. En venant mon vélo a eu un problème que je n’ai pas su réparer, mais j’ai laissé ça de côté à ce moment-là car je savais que le seul marchand de vélo était à 200km, et là je focalisais sur la catastrophe naturelle. Mais pour faire une histoire longue très courte, une personne est venue me chercher là où je faisais mon volontariat, j’étais couverte de boue de la tête aux pieds, et m’a appelée par mon prénom, m’a demandé à ce que je l’emmène voir mon vélo, il l’a réparé en 20 minutes, m’a reconduite là où j’étais en train de faire mon bénévolat, lui et sa femme m’ont prise dans leurs bras et m’ont dit au revoir… Plus tard j’apprenais qu’ils avaient fait au total 3h de route pour venir m’aider, que lui était le marchand de vélo qui existait 10 ans auparavant à Cache Creek. Je me suis assise 5 minutes, j’étais émue et je ne pouvais pas croire la beauté de ce geste : je venais aider et une personne est apparue pour m’aider aussi.

Et cela a été comme ça toute cette aventure. J’ai toujours rencontré des personnes magnifiques. Une femme m’a hébergée par exemple et le matin lorsque je me suis réveillée, j’ai trouvé mon vélo transformé en super vélo : des cales pour la remorque et le vélo, les vitesses réajustées, et une selle qui ne me ferait plus mal.

Je me souviens même de ma première journée, j’ai fait la rencontre d’une personne qui exceptionnellement sortait dehors (je n’en savais rien à ce moment là, pour moi c’était une simple rencontre). Je lui ai parlé de mon aventure, et le lendemain matin je la voyais devant ma tente, avec son mari qui se proposait de faire une révision de mon vélo, avec de la nourriture, des cartes, et une volonté de m’encourager, car en fait elle aussi était atteinte d’une maladie rare, sauf que la sienne ne se voit pas et pourtant est handicapante. Elle m’a écrit, dans mon carnet, qu’avec mon aventure je lui faisais également vivre ce qu’elle rêvait de faire et qu’elle ne pourrait jamais. Cela m’a vraiment touchée. Abandonner ne serait définitivement pas une option !

J’ai aussi rencontré une légende du Hockey Rick Chartraw ; en Colombie-Britannique j’ai dormi dans le même lit où a dormi le Québécois, Jean Béliveau, qui rentrait chez lui pour voir son petit fils de 3 mois, après avoir marché autour du monde pendant 11 ans...

Puis il y a aussi les Américains que j’ai rencontrés lorsque j’ai contourné le Lac Supérieur par le Sud. J’ai rencontré des personnes aussi différentes que des conservateurs très conservateurs, famille de vétérans, et dans le commerce de la fourrure, que des personnes qui m’ont fait boire le café dans une tasse Obama, qui ont adopté une petite fille coréenne qui est en train de faire le tour du monde à vélo avec son mari. Le petit ami de cette fille lui a dit un jour : « Veux-tu m’épouser et faire le tour du monde à vélo avec moi ? ». Elle a répondu « Oui ». Et les parents aident tous les cyclistes qu’ils rencontrent comme une façon de rendre la pareille, en espérant que leur fille et leur gendre rencontreront des personnes qui les aideront à leur tour.

J’ai passé de bons moments avec eux tous ! Il y a toujours eu des échanges intéressants et beaux parfois. Ne serait-ce qu'en passant la frontière, j'ai été accueillie chaleureusement par les gardes-frontières, avec qui j'ai bien rigolé, ils m'ont offert des cafés et pâtisseries à n’en plus pouvoir, et je sais qu’ils ont aussi suivi mon blog.

Une fois je me suis arrêtée sur le bord de la route pour visiter un musée. Quelques heures plus tard, je connaissais les principales personnes du village, avait été interviewée par le journaliste du seul journal du coin, avait été nourrie par la responsable du musée avec des mets que son amie thaïlandaise avait faits. J’apprenais que sa grand-mère était indienne, elle m’a appris à faire un attrape-rêve, et m’a fait un cadeau surprise en me confectionnant un collier avec un ours en bijou. Je lui ai dit que c’était magnifique car pendant mon aventure j’ai rencontré plusieurs fois un ours et même fait face à un grizzly, et que j’avais surmonté ma peur. J’ajoutais que je prenais ce cadeau comme un badge d’honneur récompensant ma bravoure en combattant ma peur des ours. Le fait est que, des semaines plus tard, j’ai chanté en voyant un ours qui m’a même croisé hihihihi ! Je n’ai plus peur.

Ou encore lors du festival du riz sauvage de Deep River où des vétérans ont été honorés par tout le village. Ne voyant pas pourquoi je participerai, je me suis rappelée que j’étais française et j’ai vu qu’il y avait des vétérans très âgés alors, j’ai fait la queue comme tout le monde pour leur serrer la main pendant que l’orchestre jouait de la musique sur scène pour accompagner un chanteur qui chantait spécialement pour eux. Puis, je serrais la main de tout le monde et lorsque je voyais un vétéran très âgé, je disais que j’étais française et que je les remerciais. Certains ont été émus après avoir été surpris. Et l’un d’eux a voulu faire une blague en disant qu’à la Libération il était basé en Allemagne et qu’il le regrettait car il n’avait pas eu « la chance d’être embrassé par la population française », alors je lui ai fait la bise sur la joue et on a tous rigolé !

Voilà, j’ai eu 101 jours de belles rencontres comme ça, alors il serait trop long de les résumer dans cette entrevue. J’aimerais en faire une BD : si quelqu’un se propose de m’aider, l’offre est ouverte !

 

AFV : Qu'as-tu appris à propos du vitiligo d'une façon générale, et à propos de toi-même, lors de cette aventure ?

Farha : Tout ce que j’ai appris sur le vitiligo l’a été grâce à mon aventure. En effet, depuis que j’ai été diagnostiquée, on m’a juste dit c’est incurable, point final. Le fait d’avoir fait des recherches pour à mon tour mieux sensibiliser les gens, d’avoir rejoint des groupes sur les réseaux sociaux pour comprendre la détresse de certaines personnes, m’ont beaucoup appris sur le vitiligo et son fardeau.

A propos de moi-même… eh bien, je me suis découverte de belles force : la persévérance, le cœur, l’humour, le courage, et puis que je suis capable, que j’ai de la valeur… que je suis désolée pour ceux qui ne la voit pas (!!!) alors au niveau emploi je vais faire ma vie ailleurs…

 

 AFV : Pour terminer, quel est le principal enseignement que tu tires de ce voyage hors du commun, et quel message voudrais-tu faire passer aux personnes qui liront cet article ?

Farha : J’ai aussi appris que nous ne voyons le monde qu’à travers la télévision et les informations, qui entretiennent trop souvent la peur.

Si je répondais à mes craintes, à mes peurs, je n’aurais jamais rien fait, je n’aurais pas parlé aux gens tous différents qu’ils sont. J’ai découvert un monde, notre Monde, magnifique. Je me souviens d’un journaliste qui me demandait si je suivais les informations, je lui ai répondu que je le faisais de temps en temps mais que c’était lassant de n’avoir des infos que de journalistes qui campent aux postes de police, aux casernes de pompiers, aux QG des partis politiques. Il était étonné de constater que j’étais journaliste aussi. Je lui ai répliqué que non, et qu’il y avait tellement de belles choses autres que j’avais vécues, de belles âmes humaines qui existent, des initiatives positives, dont on entend que trop rarement parler et que c’est dommage.

Je pense que la peur paralyse et renferme les gens sur eux-mêmes. Il m’est arrivé plusieurs fois d’être dans des situations où je ne voyais pas ce que je pouvais faire sinon marcher les 100 prochains kilomètres, et j’ai toujours été surprise de trouver de l’aide, parfois un repas, parfois un abri où dormir, un outil qui a sauvé mon vélo, certains étaient croyants, d’autres non, certains étaient nouvellement canadiens, d’autres étaient des descendants des premiers colons français et anglais, certains parlaient anglais, d’autres essayaient de me parler français, certains étaient jeunes, d’autres âgés, hommes, femmes, couples, célibataires, étudiants, hauts responsables, de toutes les couleurs et même tachetés comme moi, une vraie mosaïque magique et belle. Bref !

J’ai appris qu’il y a bien plus de richesse à croire en soi et aux autres que d’avoir peur des autres et manquer de confiance en soi. Voilà, je pense qu’au final c’est une philosophie de vie.

J’ai aussi fait la paix avec mon corps, je suis comme je suis, ronde et tachetée et alors ! Qui peut me dire à quoi ça ressemble d’être parfait ? Et puis cela m’a-t-il empêché d’accomplir une belle aventure de vie ?

Souffrir du regard des autres lorsque l’on a le vitiligo, ce n’est en fait uniquement que projeter ses propres craintes dans le regard des autres.

Allez ! Osez enfin briller de toutes vos couleurs (et pour ma part j’ajouterai de toutes vos rondeurs hihihi !) c’est une promesse au bonheur !

Alors brillez, vous le méritez bien. Je suis persuadée qu’en brillant de toutes nos couleurs nous contribuons d’une façon à un monde meilleur.

farah paysage canada

 

AFV : Merci beaucoup Farha ! Nous continuerons de suivre tes aventures ici ou ailleurs, et nous te souhaitons plein de bonheur. A très bientôt...

Vous pouvez retrouver plus de photos sur son blog Farha biking across Canada.

Une interview sur la radio sur Ici radio-canada.

2018-02-06T13:40:42+01:006 août 2015|Catégories : Initiatives, International, Vitiligo|1 Comment

Un commentaire

  1. kader 19 septembre 2015 à 11 h 53 min

    Merci beaucoup. farha

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